Février 2009 - n°140
Portrait d’une lauréate des Bourses de la Fondation d'entreprise L'Oréal : Myriam BOUSLAMA, doctorante dans l'unité Inserm 676 de l'hôpital Robert Debré
En novembre dernier, la Fondation d’entreprise L’Oréal
a remis une bourse de 10 000 euros à dix jeunes femmes doctorantes
en sciences pour les aider à poursuivre leurs travaux de recherche.
Parmi elles : Myriam BOUSLAMA, doctorante de 3ème année dans
l’unité Inserm 676 « Physiopathologie, conséquences
fonctionnelles et neuroprotection des atteintes du cerveau en développement
», sous la direction de Jorge GALLEGO, sur le site de l’hôpital
Robert Debré.
Quelques mots sur les Bourses L’Oréal-Unesco « Pour
les femmes et la Science »...
Les Bourses L'Oréal – Unesco 2008 « Pour les femmes
et la Science » ont été remises le 17 novembre, 1er
jour de la Fête de la Science. Un événement qui s'est
déroulé au Palais de la Découverte, sous le parrainage
du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
Pour la 2ème année consécutive, 10 jeunes femmes incarnant
la nouvelle génération de femmes scientifiques en France ont
ainsi reçu de la Fondation d'entreprise L'Oréal une bourse nationale
de 10 000 euros. La cérémonie s'est tenue en présence
de Valérie PECRESSE, aux côtés du président de
l'Académie des Sciences, Jules HOFFMANN, et de Jean FAVIER, président
de la Commission française pour l'Unesco.
Cette année, la remise des Bourses françaises L'Oréal-Unesco
a par ailleurs été placée sous le signe des rencontres,
entre des jeunes filles intéressées par la science et des femmes
scientifiques déjà confirmées. Des speed meetings ont
ainsi été organisés entre des boursières et chercheuses
de l'Oréal et une centaine de lycéennes qui envisagent de se
lancer dans des études scientifiques. Ces débats ont également
permis aux boursières de témoigner de leur expérience
et de l'intérêt pour les femmes d'embrasser une carrière
scientifique.
Précisons que les Bourses L’Oréal - Unesco ont été
créées en France en 2007. Fin 2008, au total, près de
500 Bourses ont été distribuées dans 39 pays. Elles s'inscrivent
dans le cadre du Programme « Pour les Femmes et la Science »
qui distingue tous les ans des chercheuses des cinq continents pour les avancées
majeures.
Myriam BOUSLAMA étudie les mécanismes
et conséquences à long terme des apnées du nouveau-né
prématuré
Les travaux de Myriam BOUSLAMA concernent les effets à long terme des
apnées du nouveau-né prématuré. Le handicap neurologique
d’origine périnatale est un problème de santé publique
grave dont l'incidence augmente dans les pays développés. L’objectif
de l’équipe de Jorge GALLEGO consiste donc à étudier
les mécanismes et les conséquences des atteintes cérébrales
du nouveau-né, tout en développant des pistes de neuroprotection.
La respiration des prématurés, dont le cerveau est encore immature,
est marquée par des apnées qui induisent un déficit d’apport
en oxygène dans le cerveau (hypoxie) et une destruction potentielle
de neurones. On suppose que ces apnées sont responsables d’un
certain nombre de troubles des apprentissages et du développement observés
ultérieurement chez l’enfant. « Notre hypothèse
est que les apnées du prématuré, selon leur sévérité,
exercent une toxicité neuronale et aggravent les lésions cérébrales
préexistantes. En revanche, l'hypoxie intermittente modérée
pourrait exercer des effets protecteurs », explique Myriam BOUSLAMA.
Pour mieux comprendre les effets des apnées sur le développement
du cerveau, savoir prévenir les effets délétères
ou les traiter, Myriam BOUSLAMA simule les apnées du prématuré
par une diminution périodique de l'oxygène respiré par
les souriceaux, modèle d’étude du développement
des prématurés. Elle étudie ensuite l'effet de cette
hypoxie sur leur développement moteur et cognitif ainsi que leurs capacités
d’apprentissage. Les fonctions vitales, le développement psychomoteur
et cognitifs des souriceaux sont étudiés grâce à
la plate-forme « Phenopups », unique au monde et mise au point
par les ingénieurs de l’Unité.
« Phenopups », plate-forme de phénotypage
des rongeurs nouveau-nés
La plupart des médicaments utilisés chez l'enfant n'ont pas
été validés dans cette population, car l'enfant n'est
pas un adulte miniature ! Ces thérapeutiques sont donc utilisées
en pédiatrie en dehors du cadre de leur autorisation de mise sur le
marché (AMM). Ni l'efficacité ni la toxicité de ces médicaments,
notamment les effets potentiels sur le développement de l'enfant, n'ont
été étudiés.
Pour remédier à ce problème, un règlement européen
adopté en 2007 prévoit des mesures incitatives pour que les
laboratoires pharmaceutiques valident les médicaments à usage
pédiatrique. Ce règlement est accompagné de recommandations
de l'Agence Européenne du Médicament (EMEA Guidelines) pour
l'évaluation des effets à long terme des médicaments
pédiatriques par des études pré-cliniques sur des animaux
en développement. Or, il n’existe pas aujourd’hui d’outil
technologique capable de mesurer les constantes physiologiques des souriceaux
nécessaires à ces études pré-cliniques.
Les chercheurs, ingénieurs et cliniciens de l’unité Inserm
676 ont donc décidé d’unir leurs compétences pour
imaginer la plateforme Phenopups capable d’enregistrer simultanément,
et sans les toucher, plusieurs paramètres vitaux des souriceaux : respiration,
rythme cardiaque, température, mouvements corporels, et vocalisations
ultrasoniques, indicateurs de stress chez les souriceaux.
Parallèlement, les chercheurs ont mis au point des tests d’apprentissage
et d’évaluation des troubles moteurs afin d’évaluer
les effets ultérieurs sur le développement précoce d’un
médicament administré dans la période néonatale
ou d’un événement néfaste survenu avant ou après
la naissance. La plateforme Phenopups a fait l’objet d’un dépôt
de brevet en 2006. Les chercheurs l’utilisent aujourd’hui pour
des projets du laboratoire ou en collaboration avec leurs partenaires académiques
français et européens.
Dans le cadre de son doctorat, Myriam BOUSLAMA a montré l'efficacité
de la mélatonine pour prévenir les troubles de l'apprentissage
chez des souriceaux nouveau-nés atteints de lésions cérébrales
(un essai clinique est en cours). Un de ces projets (TINN, Treat Infections
in NeoNates) concerne deux médicaments utilisés chez le nouveau-né
dont l'évaluation est jugée prioritaire par l'EMEA (European
Medicines Agency).
Une nouvelle plate-forme dont l’ergonomie a été améliorée
est par ailleurs en cours d’élaboration, tandis qu'une start-up
du nom de Phenopups est en incubation au Génopole d’Evry. Elle
permettra de répondre aux demandes des laboratoires pharmaceutiques
souhaitant mener des essais pré-cliniques chez le souriceau sur des
médicaments pédiatriques en développement…
S. DENIS