STRIVE : Un réseau mondial de recherche et d’essais cliniques sur les maladies infectieuses
Lancé en 2023, le réseau STRIVE est un réseau international dédié aux essais cliniques et aux études observationnelles, visant à évaluer l'efficacité des stratégies thérapeutiques chez les adultes souffrant d'infections émergentes, en particulier les infections respiratoires virales.
La création du réseau
STRIVE (Strategies and Treatments for Respiratory Infections and Viral Emergencies) est né d’une initiative majeure des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, dans le cadre du programme ACTIV (Accelerating COVID-19 Therapeutic Interventions and Vaccines). Initialement conçu comme une étude plateforme, STRIVE a rapidement évolué en un réseau mondial d’études cliniques.
La création officielle du réseau STRIVE résulte du regroupement de plusieurs réseaux issus du programme ACTIV, dans le but de pérenniser une réponse rapide et de haute qualité face aux urgences infectieuses. Ce réseau s’appuie notamment sur l’expertise du réseau INSIGHT (International Network for Strategic Initiatives in Global HIV Trials), actif depuis 2006 dans les domaines du VIH et de la grippe.
Stratégie globale pour des essais cliniques équitables
STRIVE s’organise autour de trois objectifs stratégiques majeurs :
1) Réalisation et des recherches cliniques de haute qualité : le réseau s’engage à conduire des essais cliniques rigoureux, innovants, fiables et impactants, dans le but de produire des données probantes destinées à améliorer la prise en charge des infections.
2) Développement et renforcement des compétences : le réseau forme, accompagne et valorise les scientifiques sur le terrain, dans une logique de transfert de compétences durable.
3) Construction d’une infrastructure durable et agile : le réseau développe une organisation flexible et réactive, capable de déployer rapidement des essais cliniques en cas de nouvelles menaces infectieuses.
Ces objectifs reposent sur des valeurs essentielles, que sont l’éthique, la qualité, l’inclusion, la collaboration, et l’ambition d’avoir un impact concret sur les pratiques de soins. A ce jour, le réseau STRIVE est présent sur 6 continents, avec 9 centres de coordination internationaux (ICC), et plus de 300 sites d’essais cliniques répartis dans plus de 40 pays.

Pr Linda Wittkop et Dr Anani Badjé présentant le réseau STRIVE aux Journées Scientifiques 2025 de l'ANRS|MIE - © Sébastien Delarque
L’efficacité d’une gouvernance partagée
Le réseau STRIVE est gouverné par trois instances principales : le Comité Exécutif (Executive Committee, EC), le Comité Scientifique de Pilotage (Scientific Steering Committee, SSC) et le Centre de Gestion Statistique et des Données (Statistical and Data Management Center, SDMC).
L’EC est composé des représentants de chaque ICC, des présidents du SSC, ainsi que du SDMC. Il définit les grandes orientations stratégiques du réseau, prend les décisions finales et exerce une supervision globale. Il veille à l’alignement des priorités stratégiques avec les ressources disponibles, approuve les protocoles et projets scientifiques, et garantit la conformité aux standards éthiques internationaux des recherches.
Le SSC est constitué de scientifiques et gestionnaires expérimentés représentant tous les acteurs clés du réseau. Il est chargé de la gestion opérationnelle et scientifique des projets, incluant le développement, la mise en œuvre, la conduite et la communication des protocoles de recherche. Sous la direction de l’EC, il s’assure de la qualité scientifique et de la progression des activités du réseau.
Le SDMC apporte une expertise essentielle à la gouvernance. Fort d’une longue expérience en coordination opérationnelle, il supervise la mise en place des recherches, incluant notamment les aspects financiers, réglementaires et statistiques, au sein du réseau. Il prend en charge les obligations du promoteur, développe les bases de données et les plans d’analyse statistique, assure la gestion des données et des rapports, et coordonne les interactions avec les biobanques, laboratoires externes et comités de surveillance.
Ainsi, la gouvernance du réseau s’appuie sur un équilibre entre direction stratégique (EC), coordination scientifique (SSC), et gestion opérationnelle et statistique (SDMC), garantissant à la fois la cohérence globale, la qualité scientifique et la bonne gestion des projets et études à l’échelle internationale.
Coordination des sites francophones
L’ICC ANRS MIE (Agence Nationale de Recherche sur le Sida, les hépatites, la tuberculose, les IST et les Maladies infectieuses émergentes) intervient en France et en Afrique francophone, notamment en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Burkina Faso. Au sein de la gouvernance, il est représenté par Yazdan Yazdanpanah et Linda Wittkop, membres de l’EC et du SSC et Anani Badjé, membre du SSC.
Son intégration au réseau STRIVE en mars 2023 renforce l’inclusivité géographique et linguistique, élargit les capacités d’enrôlement dans des régions souvent sous-représentées, et soutient le déploiement des essais cliniques dans des contextes à ressources limitées. Son rôle principal est d’assurer la coordination des sites francophones, avec un accent particulier sur les pays à revenu faible ou intermédiaire. De plus, l’ICC ANRS MIE contribue activement à structurer les collaborations scientifiques et à former les scientifiques dans ces zones.
Pour la gestion opérationnelle, l’ICC ANRS MIE collabore avec le Centre de Méthodologie et de Gestion – UMS 54 MART « Methods and Applied Research for Trials » – pour les sites en France, et le Centre de Méthodologie et de Gestion MEREVA (Méthodologie et Evaluation pour la Recherche clinique et Epidémiologique sur le VIH en Afrique) pour les sites africains.
Zoom sur l’étude IC-SARI
L’étude IC-SARI s’inscrit dans un vaste programme d’études observationnelles prospectives, sous la coordination scientifique de Linda Wittkop ainsi que Charlie Bengston, Abhi Duggal, Barnaby Young, et David Vock et le SSC. Cette étude clinique porte sur les infections respiratoires aiguës sévères (IRAS) chez les adultes immunodéprimés hospitalisés. Cette population, particulièrement vulnérable, est encore peu documentée dans la littérature scientifique en raison de la variabilité des agents pathogènes selon le type d’immunodépression, la région géographique et la saison.
Les objectifs de cette étude sont : i) décrire la répartition des agents pathogènes responsables d’IRAS chez les adultes immunodéprimés hospitalisés, ii) décrire la diversité des conditions d’immunodépression chez ces patients, et iii) analyser les critères cliniques en fonction des agents infectieux ou des profils des patients. L’étude se déroule sur 50 sites répartis dans 22 pays, avec un objectif d’inclusion de 1 500 participants et participantes sur deux ans. L’ICC ANRS MIE y participe activement via plusieurs sites en France, en Côte d’Ivoire et en Guinée.
L’identification précise des agents pathogènes les plus fréquents chez ce type de population orientera le développement de futurs essais cliniques et stratégies thérapeutiques ciblées. Ce projet repose sur un protocole commun à l’ensemble des études observationnelles menées dans le cadre de STRIVE, avec des annexes spécifiques adaptées à chaque pathologie.

Le Pr Mamadou Sow (Principal Investigateur des projets du réseau STRIVE en Guinée) au centre, et son équipe, dans le Service des Maladies Infectieuses du CHU Donka de Conakry en Guinée, un des sites investigateurs du réseau STRIVE - © Kallas Tonguino
Toujours plus d’impact
Pour évaluer l’impact des actions du réseau STRIVE, plusieurs indicateurs sont suivis. À court terme, la rapidité de mobilisation des équipes et la mise en place effective des infrastructures et protocoles de recherche sont essentielles. Chaque ICC, l’EC et le SSC surveille le nombre et la qualité des études cliniques réalisés. À moyen terme, l’accent est mis sur le développement des compétences locales, évalué par l’autonomie croissante des scientifiques et des centres, ainsi que leur capacité à proposer des projets de recherche adaptés aux besoins contextuels en étroite collaboration avec les site coordination centres (SCC) localisé sur le terrain. Chaque ICC et SCC mesure également l’amélioration des pratiques de gestion et de gouvernance interne, ainsi que la valorisation des essais par des publications scientifiques. À long terme, l’impact se traduit par la pérennisation des réseaux de recherche et leur aptitude à répondre aux futures urgences sanitaires.
Dans cette dynamique, STRIVE prévoit d’élargir son réseau, en intégrant de nouveaux sites adaptés aux besoins spécifiques des projets et aux problématiques locales de santé. Par ailleurs, il ambitionne de renforcer ses partenariats, notamment avec d’autres réseaux ou plateformes de recherche, au niveau national et international pour assurer une cohérence et complémentarité des actions, en particulier face à des crises sanitaires .
Cette ouverture vers de nouveaux sites, partenaires et technologies vise à renforcer la capacité du réseau STRIVE à répondre de manière efficace aux défis sanitaires actuels et à venir !
Pour en savoir plus :
STRIVE
Linda Wittkop et Anani Badjé
linda.wittkop@u-bordeaux.fr
anani.badje@pac-ci.org
https://anrs.fr/fr/infrastructures/plateformes-de-recherche/strive/
J Lopes
© La Gazette du Laboratoire