Les Trophées de l’innovation 2025 décernés par l’IRD récompensent deux innovations révolutionnaires pour l’océan et les littoraux
Le 9 octobre 2025, sous le soleil de Tanger, le Blue Africa Summit – événement majeur de la scène océanographique africaine – a été l’occasion pour l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de récompenser les lauréats de ses 3èmes Trophées de l’innovation. Sous le thème « Littoraux et océans », ces prix 2025 mettent à l’honneur des solutions concrètes face aux effets du changement climatique sur les zones côtières.
À l’issue de plusieurs mois de sélection et d’échanges scientifiques, deux jeunes chercheurs d’exception ont été distingués pour l’originalité, la pertinence et le potentiel d’impact de leurs projets : Arame DIEYE, chercheuse sénégalaise, pour son système d’alerte précoce contre les inondations, et Nicolas GARCIA-SEYDA, biophysicien installé en Nouvelle-Calédonie, pour son approche inédite de protection des coraux par micro-organismes…
Une édition ancrée dans l’« Année de la mer »
Lancée le 25 mars dernier, cette troisième édition des Trophées de l’innovation s’inscrivait dans la dynamique de l’Année de la mer. Le concours s’adresse à des doctorants, post-doctorants et jeunes chercheurs basés dans les pays du Sud ou en France, porteurs de projets scientifiques à fort impact sociétal.
Six finalistes ont été retenus cette année, représentant la diversité des approches scientifiques autour du thème « Littoraux et Océans », un des grands défis portés par l’IRD. Le jury international, présidé par Valérie VERDIER, présidente-directrice générale de l’IRD, reflète par sa composition l'ambition internationale du concours et l'engagement multidisciplinaire de l'IRD, tout en garantissant une évaluation holistique alliant expertise scientifique, responsabilité sociétale et vision entrepreneuriale. Aux côtés de sa présidente, siègent Khouloud KAHIME, présidente du Centre international de recherche et renforcement de capacités de recherche (CI2RC, Maroc), le Pr. Bouchta EL MOUMNI, président de l’université Abdelmalek Essaâdi (Maroc), la Dre Suchana APPLE CHAVANICH, directrice adjointe de l'Institut de recherche sur les ressources aquatiques à l'Université Chulalongkorn (Thaïlande) et Éric LAFONTAINE, directeur général de Guyane Développement Innovation.
L’événement bénéficie également du parrainage scientifique de Marine HERMANN, océanographe physicienne et conseillère scientifique pour la Communauté des savoirs Littoral et Océan, et de Jean-Renaud BIKOE, conseiller des Affaires étrangères du Cameroun. Tous deux ont souligné l’importance de la coopération internationale pour protéger les milieux marins.
« Chacun des projets présentés s’est illustré par sa qualité et sa capacité à apporter une solution innovante et opérationnelle. C’est pour moi-même, et pour nous tous je crois, une source d’inspiration et de motivation, car c’est vous, les jeunes, qui construisez l’avenir et l’océan de demain » a déclaré Valérie VERDIER lors de la cérémonie.

© Elodie Morvant - IRD
Arame DIEYA, lauréate du Prix de l’innovation appliquée – La science au service de la résilience côtière
Le Prix de l’innovation appliquée salue une solution mature qui améliore ou renforce efficacement les pratiques existantes, qu'elles soient technologiques, sociales ou environnementales. Arame DIEYE en est la lauréate 2025.
En collaboration avec plusieurs laboratoires, dont les UMR Paloc et Espace-DEV, ainsi que les équipes du LEGOS à Toulouse et du LOSEC à Ziguinchor, la jeune chercheuse a conçu un système d’alerte précoce (SAP) contre les inondations, destiné à anticiper les marées de printemps et les ondes de tempête, combiné à un renforcement des digues protégeant les rizières de Guinée-Bissau. Le système est conçu pour être rapidement déployé dans les territoires vulnérables, afin d'améliorer la production durable de riz en Guinée-Bissau. Un enjeu crucial pour les communautés rurales d’Afrique de l’Ouest : l’adaptation aux inondations côtières.
Native des quartiers côtiers de Dakar, au Sénégal, Arame DIEYE revendique un lien intime avec la mer : « Je viens d’une famille lébou, une communauté de pêcheurs entièrement tournée vers la mer, et plusieurs de mes oncles exercent cette activité comme l’ont fait leurs aïeux avant eux. » Après un parcours riche — de la topographie au master d’océanographie appliquée, elle s’oriente vers la modélisation des marées et décroche une bourse de thèse dans le cadre d’un projet européen.
Ses travaux révèlent l’ampleur du défi : la Guinée-Bissau, pays de plaines et de mangroves, connaît des marnages pouvant atteindre sept mètres, bien au-delà de la moyenne régionale. Les marées extrêmes y provoquent régulièrement la submersion des digues et des pertes agricoles majeures. Pour y remédier, Arame DIEYE met en place un réseau d’une quinzaine de marégraphes et conçoit un système d’alerte combinant données océaniques, atmosphériques et locales. Le dispositif permet d’anticiper les inondations plusieurs jours à l’avance, donnant aux agriculteurs le temps de renforcer leurs protections.
« Notre vision future est de combler le déficit de connaissances et de prévisions sur les inondations côtières en Afrique de l’Ouest afin d’améliorer la résilience des communautés agricoles confrontées à l’élévation du niveau de la mer et à des événements de marée extrêmes » explique-t-elle.
Quant à sa participation aux Trophées, elle souligne l’importance de la valorisation scientifique : « Participer aux Trophées de l’Innovation est une occasion unique de mettre en avant la recherche océanographique appliquée, qui apporte des solutions concrètes et innovantes pour protéger les populations vulnérables des effets néfastes du changement climatique. »

"Remise du Prix de l’innovation appliquée à Arame Dieye" : © Elodie Morvant - IRD
Nicolas GARCIA-SEYDA, lauréat du Prix de l’innovation de rupture – Quand la microfluidique vient au secours des récifs…
Le Prix de l’innovation de rupture récompense une idée transformatrice, audacieuse et à haut risque, qui remet en question les modèles technologiques, sociaux ou environnementaux existants pour générer un impact significatif. Lauréat de cette édition 2025, Nicolas GARCIA-SEYDA, post-doctorant au sein de l’UMR ENTROPIE en Nouvelle-Calédonie, incarne parfaitement cette volonté de « science au service du vivant ». Son projet SWIM2CORAL propose une méthode inédite pour isoler les micro-organismes naturellement attirés par les coraux et les utiliser afin de restaurer les récifs endommagés par le blanchissement.
Originaire de Puerto Madryn, en Argentine, ce biophysicien passionné de mer raconte un parcours jalonné d’allers-retours entre recherche fondamentale et applications concrètes. Après un master de biotechnologie à l’Université nationale de San Martín, à Buenos Aires, puis un passage par les Max Perutz Labs de Vienne en Autriche, il retrouve la mer deux ans plus tard à Aix-Marseille Université où il découvre, dans le cadre de son doctorat, la microfluidique et ses atouts pour étudier les interactions cellulaires. « Une approche qui permet de relier la science fondamentale à des solutions pratiques et, dans notre cas, basées sur la nature » explique-t-il.
Désireux de renouer avec le terrain, le jeune chercheur obtient un certificat d’hyperbarie pour pratiquer la plongée scientifique et mène ses premières campagnes en Nouvelle-Calédonie. Son équipe développe alors des dispositifs in situ capables de capturer les micro-organismes actifs autour des coraux. « Ces dispositifs ont été déployés avec succès sur des récifs en Nouvelle-Calédonie lors d’une récente mission. J’analyse actuellement les échantillons récupérés afin d’identifier les micro-organismes les plus « performants » » déclare-t-il.
L’ambition est claire : cultiver ensuite ces organismes pour les réintroduire dans les récifs affaiblis et aider les coraux à se nourrir pendant les vagues de chaleur. Soutenu par des financements Labex et PPR Océan et Climat, son projet ouvre une voie originale pour restaurer les écosystèmes marins. « J’envisage une solution à but non lucratif pour la protection des récifs coralliens, partagée à l’échelle mondiale et librement accessible à tous. Mon objectif est de faire en sorte que mon approche reste dans le domaine public, en donnant la priorité à la justice climatique et au bien-être de la société plutôt qu’aux intérêts commerciaux » affirme-t-il. Une déclaration à l’image de sa démarche : audacieuse, collective et profondément éthique.

Remise du Prix de l’innovation de rupture à Nicolas GARCIA-SEYDA" © Elodie Morvant - IRD.
Des prix pour propulser l’action
Qu’il s’agisse de protéger les rizières d’Afrique de l’Ouest ou de restaurer les coraux du Pacifique, ces deux projets démontrent que l’innovation scientifique peut être à la fois technologique, humaine et profondément solidaire. Au-delà de la reconnaissance, les deux lauréats bénéficient d’une dotation de 10 000 euros chacun, d’un accompagnement personnalisé et d’un soutien en communication pour accélérer la mise en œuvre de leurs projets. Pour l’IRD, ces trophées incarnent la raison d’être de l’institut : transformer la recherche en leviers tangibles pour un développement durable et équitable.
Depuis plus de soixante-quinze ans, l’IRD s’engage auprès des communautés scientifiques et des acteurs du Sud pour répondre à des enjeux vitaux : adaptation au changement climatique, préservation de la biodiversité, réduction des inégalités. Présent dans plus de cinquante pays, il promeut une science partagée, coconstruite avec les populations locales et tournée vers l’action.
Pour en savoir plus : www.ird.fr
À propos de l’IRD
Institut français de recherche scientifique internationale, l’IRD contribue à renforcer la résilience des sociétés face aux bouleversements globaux. Il est présent dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Pacifique, ainsi qu’en France hexagonale et dans les Outre-mer.
Ses activités de recherche répondent de manière concrète à des besoins prioritaires : atténuation et adaptation aux changements climatiques, lutte contre la pauvreté et les inégalités, préservation de la biodiversité, accès aux soins, prise en compte des dynamiques sociales. Les questions de recherche sont élaborées avec les acteurs de terrain et les populations locales. Les équipes croisent les regards, les disciplines et les connaissances à travers des partenariats de long terme pour construire des solutions robustes et à fort impact.
L’IRD défend une recherche qui bénéficie au plus grand nombre. Il partage les résultats de ses projets et met la science au service de l’action. Il accompagne ainsi la transformation des sociétés vers des modèles sociaux, économiques et écologiques plus justes et durables.
S. DENIS
@La Gazette du Laboratoire