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Lutte contre le paludisme : l'USTTB (Mali) et l'IRD (France) à l'avant-garde d'un premier vaccin multistades

Malgré des décennies de recherche et d’avancées dans la prévention et le contrôle, le paludisme demeure un fléau majeur en Afrique subsaharienne. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), près de 263 millions de cas ont été enregistrés en 2023 dans le monde – dont 94 % en Afrique – entraînant environ 597 000 décès, principalement chez les enfants et les femmes enceintes.

Pour sortir de cette impasse, le consortium PfVIMT (A Multi-stage Malaria Vaccine for Control and Elimination) a lancé en mars 2025 un programme international ambitieux : accélérer le développement et l’homologation d’un vaccin de nouvelle génération contre le paludisme, en combinant des approches innovantes capables d'interrompre la transmission de la maladie, de prévenir le paludisme au sein des communautés et de contribuer à son élimination. Gros plan !

Anopheles gambiae : le moustique vecteur du paludisme - © IRD - Michel Dukhan
Anopheles gambiae : le moustique vecteur du paludisme - © IRD - Michel Dukhan

Un consortium de recherche d’envergure internationale

Ce projet quinquennal, financé principalement par l’Union européenne dans le cadre du programme Global Health EDCTP3, est coordonné conjointement par l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB, Mali) et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

La gouvernance du PfVIMT s’appuie par ailleurs sur un vaste réseau de recherche international. Outre l’USTTB (Mali) et l’IRD (France), le consortium rassemble l’Ifakara Health Institute (Tanzanie), le Kenya Medical Research Institute (KEMRI, Kenya), l’Université du Ghana (Ghana), l’Institut de Recherche Clinique du Bénin (IRCB, Bénin) et le Groupe de Recherche Action en Santé (GRAS, Burkina Faso) ainsi que le Jenner Institute de l’Université d’Oxford et l’Imperial College de Londres (Royaume-Uni). Des partenaires associés comme le Serum Institute of India Pvt. Ltd. (Inde), le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID, États-Unis), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC, États-Unis) complètent cette coalition pour appuyer le développement et le déploiement des futurs vaccins.

Principal objectif de ce projet ? Obtenir une homologation accélérée par l’OMS du premier vaccin antipaludique multivalent conçu pour mettre fin à la transmission de cette infection, réduire son impact et soutenir les efforts d’élimination de la maladie au sein des communautés exposées, tout en renforçant les capacités de production et la chaîne d’approvisionnement africaine en vaccins. La réussite de PfVIMT pourrait ainsi constituer une avancée décisive vers l’objectif mondial d’élimination du paludisme d’ici 2030.

 

Recherches en laboratoire sur le Paludisme - © IRD - Justine Montmarche

Essais cliniques menés au Mali

C’est l’USTTB au Mali qui pilote la phase initiale des essais cliniques via son Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme (PMRTC) – anciennement appelé Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme (MRTC).

La phase 1 actuelle mobilise 240 adultes en bonne santé au Mali pour évaluer l’innocuité, la tolérance et la réponse immunitaire aux vaccins, seuls ou combinés. Elle sera suivie d’un essai de phase 2 local, impliquant 1 200 enfants et adultes, puis d’un essai pivot de phase 3, basé sur des milliers de participants, simultanément dans les six pays africains du consortium PfVIMT : Mali, Burkina, Bénin, Ghana, Kenya, Tanzanie.

Ces essais sont conduits dans le respect des normes internationales les plus exigeantes, avec l’appui de comités d’éthique locaux et la supervision des autorités sanitaires maliennes.

USTTB, pôle malien d’excellence

La mobilisation malienne dépasse le strict cadre du consortium. En octobre 2025, l’USTTB a co-organisé à Bamako un symposium scientifique sur le paludisme et les maladies tropicales négligées, réunissant chercheurs, praticiens, étudiants et décideurs pour échanger sur les avancées et défis de terrain. Ce symposium a été piloté par le Département de Santé Publique et le Centre Universitaire de Recherche Clinique (UCRC) de l’USTTB, illustrant l’implication de la faculté de médecine dans ces enjeux. Il s’appuie également sur une étroite collaboration avec le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) du Mali et le ministère de la Santé, grâce à laquelle l’USTTB est en mesure de fournir des données scientifiques de haut niveau pour éclairer les politiques de santé nationales.

Le centre PMRTC de l’USTTB dispose ainsi d’une puissante capacité de recherche sur le paludisme. En partenariat avec le NIH américain et d’autres instituts internationaux, il a mené plus de 40 essais de vaccins antipaludiques (phases 1 à 3) depuis 2003, chacun selon des protocoles rigoureux et avec l’autorisation des autorités maliennes. Ses chercheurs ont contribué à presque tous les outils actuels de lutte antipalustre – des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine aux campagnes de chimioprévention saisonnière, en passant par la vaccination antipalustre saisonnière par RTS,S ou R21. Une expertise reconnue qui fait de l’USTTB un leader naturel pour porter sur le terrain le nouveau vaccin Pfs230D1+R21.

 

Paludisme et matériaux de construction - © IRD - Patrick Landmann, Vectopôle

Le rôle de l’IRD et de la coopération européenne

Le projet PfVIMT bénéficie également de l’expertise scientifique de l’IRD. L’institut français de recherche pour le développement est implanté dans plus de cinquante pays, dont de nombreux pays africains. Avec ses équipes pluridisciplinaires, il mobilise notamment des compétences en épidémiologie, biologie et sciences sociales pour structurer le consortium. Soutenu par le programme européen EDCTP3, copiloté par l’Union européenne (UE) et l’Afrique, le projet s’impose de fait parmi les investissements phares de l’UE dans la santé mondiale.

Pour l’IRD, cette initiative s’inscrit dans sa mission de « mettre la science au service de l’action » : l’institut s’attache à associer les populations locales aux choix de la recherche et à diffuser largement les résultats auprès des décideurs sanitaires. En pratique, l’IRD apporte son savoir-faire logistique – gestion des données, biostatistiques, suivi réglementaire – et facilite la collaboration entre partenaires européens et africains, garantissant que le vaccin soit développé dans un esprit de co-construction.

 

Recherches en laboratoire sur le Paludisme - © IRD - Justine Montmarche

Et demain ?

La force de frappe scientifique malienne, combinée à l’appui de l’IRD, crée une synergie unique. Elle se traduit non seulement par les essais cliniques actuels, mais aussi par la formation de la relève : de nombreux médecins et chercheurs maliens sont impliqués dans ces projets et bénéficient d’une formation renforcée sur les méthodes de recherche.

À terme, l’architecture du projet vise aussi à stimuler la chaîne locale de production vaccinale : les partenaires envisagent de transférer les technologies appropriées afin de permettre la production en Afrique de l’Ouest, en cohérence avec les objectifs de souveraineté sanitaire. Si la phase finale du projet confirme les espoirs initiaux, PfVIMT marquera une véritable rupture : disposer enfin d’un vaccin sûr, efficace et accessible, capable de casser la transmission du paludisme.

Pour en savoir plus : www.ird.fr


À propos de l’IRD
Institut français de recherche scientifique internationale, l’IRD contribue à renforcer la résilience des sociétés face aux bouleversements globaux. Il est présent dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Pacifique, ainsi qu’en France hexagonale et dans les Outre-mer. 
Ses activités de recherche répondent de manière concrète à des besoins prioritaires : atténuation et adaptation aux changements climatiques, lutte contre la pauvreté et les inégalités, préservation de la biodiversité, accès aux soins, prise en compte des dynamiques sociales. Les questions de recherche sont élaborées avec les acteurs de terrain et les populations locales. Les équipes croisent les regards, les disciplines et les connaissances à travers des partenariats de long terme pour construire des solutions robustes et à fort impact.
L’IRD défend une recherche qui bénéficie au plus grand nombre. Il partage les résultats de ses projets et met la science au service de l’action. Il accompagne ainsi la transformation des sociétés vers des modèles sociaux, économiques et écologiques plus justes et durables.

 

S. DENIS
© La Gazette du Laboratoire

 

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