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Les technologies génétiques, nouvel horizon de la recherche contre le paludisme

A l’avant-garde de la lutte contre le paludisme en Afrique, le consortium de recherche Target Malaria vise à développer et partager de nouvelles technologies génétiques efficaces, économiques et durables pour réduire la transmission de la maladie. Cette dernière fait encore plus d'un demi-million de victimes africaines chaque année, principalement de jeunes enfants.

Face à l’ampleur persistante du paludisme, il demeure essentiel d’investir dans l’innovation et la recherche sur les maladies vectorielles, tout en mobilisant les communautés locales pour en réduire durablement l’impact en Afrique. Le point sur Target Malaria, ses actions et ses avancées…

Une réunion d’engagement des parties prenantes de Target Malaria au Ghana. Crédit Target Malaria.

Une recherche génétique responsabilisée et progressive

Contribuer à un monde libre de paludisme, telle est l’ambition de Target Malaria ! Face aux pressions et défis croissants du changement climatique, de la résistance aux insecticides et aux médicaments et des systèmes de santé fragiles sur le continent, le consortium de recherche travaille au développement de technologies génétiques — en particulier l’impulsion génétique (gene drive) - pour réduire la population de moustiques transmetteurs du paludisme et ainsi endiguer la maladie. Son approche combinée repose sur la biologie moléculaire, la génomique, l’entomologie et la modélisation mathématique.

Comment fonctionne l’impulsion génétique ? Elle repose sur l’introduction d’un trait génétique dans la population de moustiques cible. Ce gène est transmis à la descendance à un taux supérieur à la normale, ce qui permet d’assurer une propagation rapide et autonome. Des expériences en laboratoire ont montré qu’un système CRISPR visant le gène doublesex (dsx) - impliqué dans la détermination et la différenciation sexuelle chez les moustiques - peut entraîner une stérilité féminine, réduisant progressivement la capacité de reproduction de la population. Avec le temps, la population de moustiques diminue, suffisamment pour interrompre complètement la transmission du paludisme sur quelques générations.

Cette technologie n'est pas conçue pour éradiquer tous les moustiques - elle ne le pourrait pas non plus -, mais pour éradiquer le paludisme si elle est combinée avec les outils vectoriels existants. Parmi plus de 3 500 espèces de moustiques connues, seules environ 30 constituent un problème de santé publique. Parmi celles-ci, seulement trois ou quatre –Anopheles gambiae, Anopheles coluzzii, Anopheles arabiensis et Anopheles funestus- sont responsables de la plupart des transmissions de paludisme en Afrique. La recherche de Target Malaria se focalise sur celles-ci.

Target Malaria procède par étapes dans son parcours de développement. Le projet a d’abord commencé par étudier des souches de moustiques génétiquement modifiés sans impulsion génétique. Les moustiques « mâles stériles » ou « mâles biaisés » (jusqu’à 95 % de descendance mâle en laboratoire) ont été développés en parallèle et sont en cours d’étude. Dès juillet 2019, Target Malaria a d’ailleurs réalisé un lâcher à petite échelle de mâles stériles (sans impulsion génétique) au Burkina Faso dont les résultats ont été publiés dans Nature Communications en 2022. Cette approche et ses étapes intermédiaires sont cruciales pour préparer le terrain réglementaire et opérationnel d’après le projet. L’équipe partenaire à l'Institut de recherche ougandais sur les virus (UVRI) vient de finaliser ses études en milieu confiné du moustique « mâle biaisé » (sans impulsion génétique). 

Les techniques progressent vers des essais sur le terrain de moustiques à impulsion génétique d’ici 2030 —avec une méthodologie et des simulations rigoureuses, des protocoles de sécurité et des démarches communautaires approfondies. Ces outils génétiques devront être intégrés non pas comme des remplacements, mais comme des innovations complémentaires à mettre en œuvre pour renforcer les stratégies de prévention et de contrôle existants, telles que les moustiquaires imprégnées, les répulsifs spatiaux pour moustiques, la thérapie combinée à base d'artémisinine ou les vaccins.

Ces nouvelles solutions vont par ailleurs de pair avec un engagement communautaire fort et le renforcement des capacités scientifiques. Target Malaria a donc investi à la fois dans la technologie, la formation et l’information, pour protéger les vies menacées par le paludisme en Afrique.

Prof. Abdoulaye Diabaté et Edith Lamien de Target Malaria Burkina Faso dans un laboratoire de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) à Bobo-Dioulasso. Crédit Target Malaria.

 

Renforcement des talents scientifiques africains et des infrastructures

Au Burkina Faso et en Ouganda, les membres de l'équipe Target Malaria sont activement impliqués dans la formation d'une nouvelle génération de jeunes scientifiques africains pour mener la lutte contre les maladies à transmission vectorielle.

Parmi les initiatives récemment concrétisées :
- la supervision des étudiants de Master et de Doctorat, par les chercheurs de l'Institut de Recherche en Sciences de la Santé - IRSS (Burkina Faso) ;
- l'organisation d’une formation pratique axée sur des approches innovantes pour combattre les maladies à transmission vectorielle, par le Centre Africain d'Excellence pour les Innovations Biotechnologiques pour l'Élimination des Maladies à Transmission Vectorielle (CEA/ITECH-MTV), dirigé par Prof. Abdoulaye DIABATE, en partenariat notamment avec l'Université Nazi Boni. 

De nombreux étudiants de tout le continent – y compris du Kenya, du Bénin et du Burkina Faso – ont bénéficié d'échanges de recherche avec des laboratoires de pointe en Europe. « Notre objectif est d'équiper une nouvelle génération de scientifiques performants pour adapter les technologies émergentes aux priorités de développement de l'Afrique », explique Dre PARE TOE, responsable de l’engagement des parties prenantes de Target Malaria Burkina Faso, à l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS).

Des entomologistes et biologistes moléculaires aux sociologues et éthiciens, l'organisation à but non lucratif soutient l'expertise locale, mais aussi le développement des infrastructures pour assurer des solutions menées par l'Afrique aux défis de santé de l'Afrique.

En 2023, le projet a achevé un nouvel insectarium et espace de laboratoire dans le campus de l'Université du Ghana, dédié à l'étude des effets écologiques de la suppression des moustiques du paludisme. L'Institut de recherche ougandais sur les virus (UVRI), où Target Malaria est basé, a par ailleurs été récemment nommé Centre d'Excellence Régional de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) pour la Virologie. Autant d’initiatives visant à construire un leadership scientifique africain, essentiel pour que l’innovation soit menée par l’Afrique, pour l’Afrique.

Un moustique anophèle. Crédit Target Malaria

Confiance, communautés et communication innovante

Target Malaria considère en outre que la science ne peut avancer sans la confiance des communautés locales. Ainsi, au Burkina Faso et en Ouganda, l’équipe a instauré un dialogue durable avec les villages où les programmes de recherche sont développés. Les habitants sont informés, consultés, et deviennent des co-acteurs de ces projets, et non de simples bénéficiaires.

« On ne peut pas introduire une innovation scientifique sans d'abord investir dans la confiance des communautés et des personnes qui porteront ce travail », insiste Dre PARE TOE. « Nos partenariats avec les communautés locales sont fondamentaux à notre recherche ».

Pour approfondir la compréhension communautaire de la recherche, Target Malaria a investi dans une suite d'outils éducatifs créatifs : théâtre interactif en langues locales, radio communautaire, supports visuels, et même des jeux éducatifs comme le jeu de cartes « Moustiques Impulsés »  ou le jeu vidéo « Target Malaria : le Jeu », qui simulent les principes de la recherche génétique en laboratoire. « Ce modèle d'engagement est maintenant vu comme un modèle pour la recherche responsable à travers le continent », ajoute Dr. PARE TOE. La série « Voix du terrain » permet aux communautés avec laquelle Target Malaria a travaillé de partager leur point de vue sur la problématique du paludisme, la recherche sur ce fléau et sur l’espoir suscité par les innovations dont l’impulsion génétique.

Cette prise de parole rappelle également que chaque enfant perdu du fait du paludisme représente « un échec d’imagination et d’investissement » - soulignant ainsi que la victoire contre cette maladie exige des ressources, des talents et des alliances, en complément du développement technologique. « Le paludisme ne sera pas résolu seul, nous avons besoin d'efforts collectifs pour vaincre la maladie. Mais, parce que le paludisme est un problème africain, nous construisons un leadership scientifique africain pour que la prochaine percée ne se produise pas seulement en Afrique – mais qu’elle soit menée par l'Afrique », conclut Dre Léa PARE TOE.

 

Un technicien de laboratoire de Target Malaria Burkina Faso examine des moustiques dans un tube à essai. Crédit Target Malaria

Un consortium de recherche à but non lucratif, né d’un programme de recherche universitaire

Initié sous la forme d’un programme de recherche universitaire, Target Malaria est devenu consortium de recherche à but non lucratif. Réunissant plusieurs institutions à travers l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord, son organisation s’est développée autour d’équipes de scientifiques, d’experts en affaires réglementaires et de gestion de projets, de spécialistes de l’évaluation des risques et de professionnels de la communication.

Parmi les institutions partenaires : l’Imperial College London (Royaume-Uni), la Centers for Disease Control (CDC) Foundation (États-Unis), l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé – IRSS (Burkina Faso), Polo d’Innovazione di Genomica, Genetica e Biologia - Polo GGB (Italie), L'Institut de recherche ougandais sur les virus – UVRI (Ouganda), l’Université du Ghana (Ghana) et l’Université d’Oxford (Royaume-Uni). Malgré une longue collaboration et un investissement conséquent au Burkina Faso, Target Malaria a annoncé fin août la suspension de ses activités au Burkina Faso, à la demande des autorités gouvernementales. « Target Malaria est fier des progrès réalisés avec son partenaire, l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) au Burkina Faso, un pays à la pointe de la recherche sur les nouveaux outils de lutte contre le paludisme. Leurs recherches sont publiées dans des revues scientifiques, ce qui profite à la communauté scientifique africaine et mondiale. » a déclaré Prof. Austin Burt, Chercheur Principal Mondial pour Target Malaria à l’Imperial College de Londres.


Target Malaria est en premier lieu financé par la Fondation Gates et Open Philanthropy. Ses laboratoires ont par ailleurs reçu des fonds de diverses sources, dont le Département de l’environnement alimentaire et des affaires rurales-DEFRA (Royaume-Uni), la Commission européenne, le MRC Centre for Global Infectious Disease Analysis (Royaume-Uni), les National Institutes of Health-NIH (États-Unis), le Conseil national ougandais pour la science et la technologie (UNCST), le ministère ougandais de la Santé, le Wellcome Trust (Royaume-Uni) et la Banque mondiale. 

Pour en savoir plus :
- Sur les moustiques transmetteurs du paludisme : les séries éducatives de Target Malaria
(244) L'entomologie expliquée
(244) World Mosquito Day 2025 | Mosquito Minutes (en anglais) 

- Target Malaria
www.targetmalaria.org
info@targetmalaria.org

 

S. DENIS
© La Gazette du Laboratoire

 

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