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Larissa Valisoaniaretana, doctorante engagée dans l’éco-conception de protections hygiéniques à Madagascar

La thèse de Larissa Valisoaniaretana explore l’association de fibres végétales locales pour la conception de matériaux absorbants. De cette recherche naît SEBIO, une start-up qui développe des serviettes hygiéniques éco-conçues. Une aventure qui conjugue valorisation des ressources renouvelables, impact social et enjeux environnementaux.

Récolte et tri des tiges de Cyperus madagascariensis avec les artisans locaux. © Larissa, septembre 2026
Récolte et tri des tiges de Cyperus madagascariensis avec les artisans locaux. © Larissa, septembre 2026
 

 

Explorer le potentiel des fibres

Larissa Valisoaniaretana a construit son projet de thèse autour d’une conviction. Les ressources végétales locales peuvent être valorisées en matériaux à haute valeur ajoutée, capables de répondre à des besoins du quotidien, tout en contribuant à réduire les déchets. Ses travaux sont menés au Laboratoire de Chimie Structurale, au sein de l’École Doctorale de Valorisation des Ressources Naturelles Renouvelables de l’Université d’Antananarivo.

Après avoir étudié les propriétés du Cyperus madagascariensis lors de précédents travaux, la doctorante s’intéresse à deux autres ressources largement disponibles à Madagascar : le pseudo-tronc de bananier et la cellulose extraite du manioc.

Le choix de ces trois matières premières repose d’abord sur leur abondance sur l’île, où elles restent souvent sous-exploitées ou considérées comme des déchets. Il tient également à la complémentarité de leurs propriétés. Le pseudo-tronc de bananier présente un pouvoir absorbant documenté, tandis que le Cyperus madagascariensis, grâce à sa structure douce et fibreuse, favorise l’absorption. La cellulose de manioc vient quant à elle renforcer cette capacité. Un potentiel conforté à la fois par la littérature scientifique et par des savoirs ancestraux, qui témoignent de l’intérêt de ces fibres pour des applications hygiéniques.

Tester, associer, caractériser

Les travaux de Larissa Valisoaniaretana se concentrent sur la caractérisation physico-chimique des associations de fibres. L’objectif est de comprendre leurs mécanismes d’interaction lors de leur transformation en matériau absorbant et d’identifier les paramètres qui déterminent les capacités d’absorption et de rétention des liquides.

Au laboratoire, le protocole se déroule en plusieurs étapes. Les fibres brutes sont d’abord extraites des plantes et lavées, avant de subir une transformation chimique douce destinée à obtenir une matière absorbante. L’utilisation de réactifs agressifs est limitée, afin de conserver des propriétés proches de celles du coton naturel. Le matériau obtenu est ensuite caractérisé selon plusieurs critères, comprenant la capacité d’absorption et de rétention, le pH ou encore la résistance mécanique.

Les premiers résultats, obtenus en faisant varier les proportions de chaque fibre, montrent que leur association influe sur la porosité et les capacités d’absorption du matériau. Une combinaison optimale a déjà été identifiée, mais sa composition exacte reste confidentielle, un dépôt de propriété intellectuelle étant en cours.

Pour approfondir cette caractérisation, Larissa Valisoaniaretana prévoit de recourir à plusieurs techniques avancées, notamment la spectrométrie infrarouge, la microscopie électronique à balayage, la diffraction des rayons X et l’analyse thermogravimétrique. Des analyses microbiologiques et dermatologiques doivent également compléter ces travaux. Indispensables à la finalisation de sa thèse, ces prochaines étapes nécessitent aujourd’hui l’accès à des équipements spécialisés, pour lesquels la doctorante recherche activement un laboratoire d’accueil.

Habitat naturel de Cyperus madagascariensis au bord du lac. © Larissa, septembre 2026
Habitat naturel de Cyperus madagascariensis au bord du lac. © Larissa, septembre 2026

 

De la recherche à l’impact concret

La création de la startup SEBIO incarne le transfert d’une recherche académique vers une solution concrète. Dans le prolongement de ses travaux de thèse, Larissa Valisoaniaretana décide en effet de développer une serviette hygiénique éco-conçue à partir des fibres végétales étudiées.

Après de premiers essais en laboratoire réalisés avec une solution saline, la doctorante a réussi à constituer un panel de femmes volontaires pour tester ses premiers prototypes. Leurs retours ont permis d’affiner plusieurs paramètres, tels que le confort, l’absorption et le pH. Le produit mise également sur sa biodégradabilité, avec un objectif de 80% de dégradation en six mois, afin de réduire son empreinte par rapport aux protections conventionnelles. Une analyse du cycle de vie (ACV) est envisagée pour évaluer plus précisément son impact environnemental global.

Au-delà de l’usage menstruel, le matériau absorbant pourrait s’appliquer à d’autres domaines, comme les couches pour bébés et adultes, les lingettes et vêtements absorbants, mais aussi les emballages et divers usages dans le secteur de la santé.

Pour poursuivre son développement, SEBIO bénéficie du soutien de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), qui lui apporte accompagnement et visibilité, ainsi que d’Innov’Africa, qui a financé le premier prototypage. Larissa Valisoaniaretana a également été distinguée lors des Trophées de l’innovation 2026 de l’IRD, une reconnaissance du potentiel de son projet.


Pour en savoir plus :
Université d'Antananarivo
Larissa Valisoaniaretana
valisoalari@gmail.com
https://www.linkedin.com/school/university-of-antananarivo-mg/

J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire

 

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