NEWSLETTER AFRIQUE    


 

2025-10-13 
L’Île de la Réunion : un modèle vertueux de lutte contre l’obésité

L’obésité est une maladie qui est aussi une épidémie tout en étant à l’origine de nombreuses autres pathologies. L’Île de la Réunion est particulièrement touchée à la fois par une obésité génétique et par un environnement « obésogène », alertent médecins et responsables qui prennent des initiatives originales et concertées* 
 
L’obésité : une urgence mondiale, nationale et locale 

 
« Les données factuelles s’accumulent pour montrer l’urgence à agir contre le développement de l’obésité», alerte la Pr Martine Laville, professeur émérite de Nutrition à l’Université Lyon 1, auteure du rapport national « Mieux prévenir et prendre en charge l’obésité en France ». 
 
Aujourd’hui, plus de 2 milliards de personnes dans le monde vivent en surpoids ou avec une obésité et ce chiffre pourrait dépasser 3 milliards d’ici 2030. L’UNICEF tire la sonnette d’alarme: le nombre d’enfants et d’adolescents en surpoids dépasse celui des enfants souffrant de dénutrition. En France, 18,1 % de la population est concernée, un chiffre en constante augmentation (enquête ODOXA-Ligue contre l’Obésité, 2024). 
 
Le développement de l’obésité résulte de la combinaison d’un terrain génétiquement prédisposé et d’un environnement défavorable, caractérisé par un accès limité à une alimentation de qualité et un cadre de vie favorisant la sédentarité et le sommeil de mauvaise qualité. Ces facteurs expliquent la prévalence particulièrement élevée chez les populations défavorisées. 
 
Face à cette urgence, la prévention doit cibler les enfants, les adolescents et les jeunes parents parce qu’ils sont les plus exposés. Elle doit s’accompagner d’un dépistage et d’une prise en charge des personnes déjà atteintes et s’inscrire dans la durée grâce à une politique de santé coordonnée entre tous les ministères. 
 
L’obésité à la Réunion : spécificités locales 
 
Marie-Rose Won Fah Hin, directrice générale de l’AURAR, souligne que la Réunion présente des particularités inquiétantes : un Réunionnais sur deux souffre de surpoids ou d’obésité, la population touchée est plus jeune qu’au niveau national et les femmes sont davantage concernées, 19,6 % sont en obésité, ce qui entraîne des coûts élevés liés aux hospitalisations et aux pathologies chroniques. 
 
L’Île se caractérise par un environnement « obésogène » spécifique, avec des inégalités sociales marquées et des différences territoriales importantes entre l’Est et l’Ouest plus privilégié. 
 
L’obésité génétique, une particularité de l’Île de la Réunion 
 
Parmi les spécificités réunionnaises, l’obésité génétique occupe une place importante. 
 
La Dr Julie Gonneau-Lejeune, médecin nutritionniste à la Clinique OMEGA explique que l’obésité génétique, encore méconnue, touche particulièrement la Réunion en raison de son insularité. Elle résulte de mutations biologiques affectant la sensation de satiété. Identifiées il y a une quinzaine d’années, ces mutations provoquent des obésités sévères chez des patients jeunes, avec des IMC parfois supérieurs à 80, et de multiples pathologies chroniques. 
 
Pour répondre à ces besoins, la Réunion participe depuis près de huit ans à des essais cliniques innovants, permettant une restauration partielle de la satiété car la chirurgie bariatrique n’est pas adaptée. Aujourd’hui, la clinique OMEGA participe à l’étude ObGeSEMA, en partenariat avec l’AP-HP. 
 
Parallèlement, des programmes de dépistage itinérants permettent un accès plus proche des populations vulnérables. 
 
L’AURAR : un modèle intégré de prévention et de soin 
 
Marie-Rose Won Fah Hin présente le modèle de l’AURAR, qui combine prévention, dépistage et prise en charge clinique. 
 
La clinique Oméga propose une prise en charge pluridisciplinaire et personnalisée de l’obésité complexe. Les patients suivent une rééducation initiale de trois semaines, encadrée par une équipe de diététiciens, d’éducateurs sportifs, de kinésithérapeutes, d’ergothérapeutes, de psychologues, de psychiatres et d’assistants sociaux indique le Dr Gonneau-Lejeune. Cette étape permet d’établir un projet de soins individualisé, avec un suivi mensuel ou pluri-mensuel. Il est possible d’avoir recours, si nécessaire, à la chirurgie ou aux traitements médicamenteux. Des parcours spécifiques sont également proposés pour le diabète et les troubles alimentaires (hyperphagie, boulimie), garantissant une prise en charge complète et adaptée à chaque patient. 
 
Au niveau prévention et sensibilisation, Vincent Boyer, directeur de la prévention de l’AURAR souligne que la Karavan ODHIR (Obésité, Diabète, Hypertension, Insuffisance rénale) est un dispositif qui se déplace sur tout le territoire pour aller à la rencontre des populations, en y associant un programme d’éducation nutritionnelle auprès des jeunes de 12 à 25 ans. En trois ans, plus de 6 000 personnes ont été sensibilisées, avec dépistage des pathologies métaboliques et ateliers sur la nutrition, l’activité physique et les conseils personnalisés. Le dispositif intervient désormais dans les écoles, les entreprises, les événements grand public et en collaboration avec les CPTS (Communautés pluriprofessionnelles territoriales de santé). La Karavan est un dispositif soutenu par l’ARS et la Région Réunion. 
 
Ce modèle innovant illustre une coordination réussie qui allie parcours de soins et actions d’aller-vers sur le terrain. Il pourrait être adapté et reproduit dans d’autres territoires ultramarins ou métropolitains. 
 
Engagement institutionnel et perspective nationale 
Les responsables de L’AURAR plaident pour la création d’un groupe de travail interministériel dédié aux Outre-mer, afin de coordonner les actions de prévention sur l’obésité et l’alimentation des jeunes et des publics précaires, et la prise en charge des comorbidités.
L’objectif est de transformer une initiative locale en modèle adaptable à d’autres régions et territoires, pour répondre à cette crise sanitaire majeure.  
*D’après la conférence de presse du mercredi 1er octobre, organisée à Paris 
 
A propos de l’AURAR  
Depuis 1980, le groupe de santé AURAR est engagé dans la prévention et le traitement des maladies rénales et Odhir (Obésité, Diabète, Hypertension artérielle, Insuffisance rénale).  
A la Réunion, l’AURAR compte 13 établissements de dialyse et services de dialyse à domicile ; et la Clinique Oméga, établissement de soins médicaux et de réadaptation polyvalents et spécialisés dans la prise en charge des troubles nutritionnels, du diabète et de l'obésité complexe.  
Tous les établissements de l’AURAR sont certifiés Haute Qualité des soins par la Haute autorité de Santé. 


Partager cette brève :