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2025-10-23 
Lutte contre le paludisme : vers le développement d’un premier vaccin multistades de contrôle et d'élimination du paludisme

Le consortium PfVIMT (A Multi-stage Malaria Vaccine for Control and Elimination) annonce le lancement officiel de son projet international ambitieux visant à accélérer le développement et l’homologation d’un vaccin de nouvelle génération contre le paludisme, en combinant des approches innovantes capables d'interrompre la transmission de la maladie, de prévenir le paludisme au sein des communautés et de contribuer à son élimination. Encore aujourd’hui, le paludisme reste une cause majeure de morbidité et de mortalité en Afrique subsaharienne, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, entraînant des millions de cas et des centaines de milliers de décès chaque année.
 
Un projet d’envergure européenne et africaine
Ce projet d’envergure, portant une avancée médicale majeure, est coordonné par l’IRD et l’université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB, Mali). Il a démarré le 1er mars 2025 pour une durée de cinq ans et est financé principalement par l’Union européenne dans le cadre du Global Health EDCTP3. Il implique un large éventail de partenaires issus de six pays africains (Mali, Burkina Faso, Bénin, Ghana, Kenya et Tanzanie), deux pays européens (France et Royaume-Uni), des États-Unis et de l'Inde. Son objectif principal est d’obtenir une homologation accélérée du premier vaccin antipaludique multivalent conçu pour interrompre la transmission, réduire le poids de cette infection et soutenir les efforts d’élimination du paludisme au sein des communautés exposées, tout en renforçant les capacités de production et la chaîne d’approvisionnement africaine en vaccins.

Une approche multi-antigènes innovante pour un vaccin fiable, efficace et accessible
Le paludisme ne pourra être éliminé sans un vaccin sûr, efficace et accessible, capable de cibler plusieurs stades du cycle de développement du parasite. Le vaccin Pfs230D1+R21 combine ainsi deux stratégies complémentaires :
1.    R21 prévient l’infection en ciblant les sporozoïtes dans la peau et le foie (vaccin anti-infection) – ce vaccin est actuellement recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour prévenir le paludisme chez les jeunes enfants ;
2.    Pfs230D1 bloque la transmission en ciblant quant à lui les gamètes du parasite dans le moustique (vaccin de type transmission-blocking) – lors d’un précédent essai de phase 2, ce vaccin a démontré une réduction de plus de 85 % de l’infection des moustiques.

L'intégration de ces deux immunogènes est conçue pour cibler deux "goulets d'étranglement" du cycle de développement du parasite afin de réduire au maximum la transmission du paludisme de façon sûre, efficace et accessible. Des modèles mathématiques suggèrent par ailleurs que la combinaison des deux vaccins pourrait réduire le fardeau du paludisme jusqu’à 80 % dans les zones à forte transmission.
La première phase d’essai du vaccin Pfs230D1+R21 est actuellement en cours au Mali et implique 240 adultes en bonne santé pour évaluer l’innocuité, la tolérance et l’immunogénicité de chaque vaccin et de leur combinaison. Elle sera suivie par un essai de phase 2 au Mali, basé sur un total de 1200 participants (enfants et adultes). Le projet aboutira sur sa dernière phase d’essai, basé sur des milliers de participants originaires des six pays africains du consortium PfVIMT, pour évaluer l’innocuité et l’efficacité du vaccin et obtenir son homologation accélérée par l’OMS.
 
Les bénéficiaires du projet : Institut de recherche pour le développement (IRD, France), Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB, Mali), Ifakara Health Institute (IHI, Tanzanie), Imperial College London (Royaume-Uni), Institut de Recherche Clinique du Bénin (IRCB, Bénin), Groupe de Recherche Action en Santé (GRAS, Burkina Faso), Kenya Medical Research Institute (KEMRI, Kenya), University of Ghana (Ghana), le Jenner Institute de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni).
Les partenaires associés : le Serum Institute of India Pvt. Ltd. (Inde), le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID, États-Unis), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC, États-Unis). 
 
 
À propos de l’IRD
Institut français de recherche scientifique internationale, l’IRD contribue à renforcer la résilience des sociétés face aux bouleversements globaux. Il est présent dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Pacifique, ainsi qu’en France hexagonale et dans les Outre-mer.
Ses activités de recherche répondent de manière concrète à des besoins prioritaires : atténuation et adaptation aux changements climatiques, lutte contre la pauvreté et les inégalités, préservation de la biodiversité, accès aux soins, prise en compte des dynamiques sociales. Les questions de recherche sont élaborées avec les acteurs de terrain et les populations locales. Les équipes croisent les regards, les disciplines et les connaissances à travers des partenariats de long terme pour construire des solutions robustes et à fort impact.
L’IRD défend une recherche qui bénéficie au plus grand nombre. Il partage les résultats de ses projets et met la science au service de l’action. Il accompagne ainsi la transformation des sociétés vers des modèles sociaux, économiques et écologiques plus justes et durables.
 
À propos de l'Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), Mali
L'Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB) au Mali, par l'intermédiaire de son Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme (MRTC), désormais appelé Centre de Recherche et de Formation sur les Parasites et les Microbes (PMRTC), en partenariat avec les NIH aux États-Unis et d'autres partenaires internationaux, a développé une puissante capacité de recherche humaine sur les maladies parasitaires et microbiennes, en particulier le paludisme. Grâce à leur collaboration avec le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) du Mali et le ministère de la Santé, ils produisent des résultats scientifiques de haut niveau permettant une prise de décision politique éclairée au bénéfice des populations. Les chercheurs du PMRTC ont participé à la quasi-totalité des outils de lutte contre le paludisme actuellement utilisés à l'échelle internationale et par le PNLP du Mali. Parmi ces outils figurent les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine (CTA) pour le traitement du paludisme simple, la chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS) chez l'enfant, le traitement préventif intermittent (TPI) chez la femme enceinte et, plus récemment, la vaccination antipaludique saisonnière par RTS, S ou R21. Depuis 2003, le PMRTC a mené plus de 40 essais de vaccins contre le paludisme (de la phase 1 à la phase 3), chacun impliquant un protocole rigoureux de normes internationales approuvé par un comité d'éthique et a obtenu des autorités sanitaires maliennes l'autorisation réglementaire de mener différentes études mais aussi les licences d'importation d'études.


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