2026-10-13
[Complément au rapport] Violences sexistes et sexuelles dans les milieux scientifiques
Deux ans après la publication de son rapport « Sciences : où sont les femmes ? », l’Académie des sciences publie, ce jeudi 8 octobre, un complément consacré aux violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les milieux scientifiques.
Les VSS constituent un obstacle majeur à l’égalité, à l’intégrité et à l’excellence scientifiques. Si elles touchent de manière disproportionnée les femmes, elles peuvent concerner toute personne, quel que soit son genre, aggravant certaines situations de vulnérabilité. Elles fragilisent également les collectifs de travail et altèrent la confiance que la société accorde à la science.
C’est dans ce cadre que l’Académie des sciences dresse un état des lieux des connaissances et des dispositifs existants, et formule des recommandations pour renforcer la prévention et la prise en charge des violences, notamment en son sein.
« Pour l’Académie des sciences, ce rapport a été l’occasion de faire une introspection sur son propre rapport à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. C’est pourquoi notre assemblée prend 5 engagements en la matière afin que ces comportements ne restent pas banalisés ou relativisés en raison du statut, du prestige ou de l’excellence scientifique de leur auteur. » explique Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences.
Des situations de recherche qui peuvent accentuer les asymétries de pouvoir
Les métiers scientifiques présentent d es c onfigurations particulières : relations étroites entre encadrants et jeunes scientifiques, dépendance à direction de thèse, contrats courts et mobilité internationale des postdoctorants, éloignement des proches et des réseaux de soutien lors de missions de terrain. Ces situations ne créent pas en elles-mêmes des violences mais elles rendent plus difficile leur prévention, la libération de la parole, et donnent un sentiment de toute puissance chez les auteurs de ces violences.
Les données disponibles montrent que les VSS sont loin d’être marginales dans l’enseignement supérieur et la recherche. L’enquête VIRAGE-Université indique notamment que près d’un étudiant sur cinq déclare avoir subi au moins une agression sexuelle ou une tentative d’agression sexuelle depuis son entrée dans l’enseignement supérieur, les étudiantes étant près de trois fois plus exposées que les étudiants.
Des progrès institutionnels, mais des dispositifs encore hétérogènes
L’Académie souligne les avancées réalisées ces dernières années en France : généralisation des dispositifs de signalement, professionnalisation des cellules d’écoute, formation des personnels, développement d’outils méthodologiques et renforcement des procédures disciplinaires. Mais ces dispositifs restent confrontés à des difficultés structurelles.
Entre le signalement et la conclusion de la procédure s’étend une période de flottement durant laquelle la victime est particulièrement vulnérable. Elle peut alors subir des pressions ou des menaces susceptibles d’affecter son état psychologique. Les conséquences sont une double peine pour la victime et peuvent entraîner un ralentissement ou une interruption de carrière, voire un départ du monde académique.
Faire de la prévention une responsabilité collective
Pour l’Académie des sciences, la lutte contre les VSS relève d’une responsabilité partagée par l’ensemble de la communauté scientifique. Les enquêtes disponibles montrent que ces violences reposent sur des définitions, des méthodes et des périmètres différents qui rendent l es comparaisons difficiles (en particulier au niveau international, les cadres juridiques, modalités de signalement et cultures institutionnelles variant d’un pays à l’autre). L’Académie des sciences appelle à définir des standard d’évaluation en la matière afin de permettre une connaissance précise du phénomène et une évaluation rigoureuse des politiques de prévention et de traitement.
L’Académie des sciences prend cinq engagements
À l’occasion de la rentrée 2026, l’Académie des sciences affirme sa volonté d’ exercer une responsabilité d’exemplarité au sein de la communauté scientifique. Elle prend cinq engagements :
• viser l’exemplarité de ses propres pratiques et procédures, notamment en matière d’élections et d’attribution de prix et distinctions, en intégrant les exigences d’intégrité et de respect des personnes ;
• inscrire durablement les VSS dans ses travaux, notamment dans ses réflexions sur les carrières
• scientifiques, l’organisation de la recherche et les conditions d’exercice des métiers scientifiques ;
• assurer le suivi de ses propres engagements, avec la mise en place d’une mission de référents VSS,
• chargée notamment d’informer et d’orienter les personnes concernées vers les interlocuteurs compétents ;
• contribuer à mieux documenter les VSS, à l’échelle nationale et internationale, et à favoriser le développement d’indicateurs et de comparaisons partagés ;
• diffuser les connaissances et les pratiques éprouvées en matière de prévention, de signalement et de traitement des VSS.
« L’excellence scientifique ne peut être dissociée du respect des personnes. Les violences sexistes et sexuelles sont incompatibles avec les valeurs qui fondent la science et la recherche scientifique », conclut Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences.
Communiqué de presse en ligne