Le projet transdisciplinaire Natur’Health vise à étudier les effets de l’exposition à la nature sur la santé humaine, tant sur le plan préventif que thérapeutique.
Les données scientifiques actuelles montrent des effets bénéfiques de l’exposition à la nature sur la santé. Pourtant, dans un contexte de forte urbanisation et de perte de la biodiversité, ce lien se fragilise. C’est pourquoi le projet Natur’Health vise à analyser précisément les mécanismes physiologiques et psychologiques de cette relation dans le but d’amorcer une approche globale de santé publique.
L’exposition à la nature présente des bénéfices démontrés sur la santé physique, mentale et sociale. Sur le plan physique, elle est associée à un renforcement du système immunitaire, une diminution du risque cardiovasculaire, une meilleure régulation de la fréquence cardiaque et respiratoire, ainsi qu’à une baisse de la pression artérielle. Sur le plan mental, l’exposition à la nature contribue à réduire l’incidence des troubles anxieux et dépressifs, et à limiter le recours aux psychotropes. Elle favorise un bon fonctionnement cognitif et favorise la récupération suite à un stress. Enfin, elle favorise également le lien social, en particulier chez les personnes participant à des activités en milieu naturel. Ces effets sont étayés par des méta-analyses et des études corrélant, par exemple, la densité de végétation à une moindre consommation de médicaments.
Equipe du laboratoire RESHAPE Inserm U1290 Université Lyon 1
Nature et santé au cœur de la recherche
Lancé en janvier 2025 pour une durée de quatre ans, le projet Natur’Health est financé dans le cadre de l’appel à projets SHAPE-Med@Lyon (Structuring one Health Approach for Personalized Medicine in Lyon). Il est co-dirigé par Julie Haesebaert, médecin spécialisée en santé publique, professeure des universités-praticienne hospitalière (PU-PH) aux Hospices Civils de Lyon (HCL) et directrice adjointe de l’équipe RESHAPE (Research on Healthcare Performance), et Frédéric Haesebaert, PU-PH en psychiatrie au Centre Hospitalier Le Vinatier et chercheur au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) dans l’équipe PsyR2 (Psychiatric disorders: neuroscience Research and clinical Research) . Cette co-direction répond à l’exigence de SHAPE-Med@Lyon de réunir deux porteurs issus de disciplines et équipes distinctes, afin de garantir une véritable approche transdisciplinaire.
Le projet est né d’une convergence de facteurs et de constats scientifiques :
- Des enjeux de santé publique : La recherche sur l’amélioration des comportements de santé à titre préventif constitue un axe majeur de l’équipe du laboratoire de santé publique RESHAPE.
- Une littérature scientifique en plein essor : De nombreuses études mettent en évidence les effets positifs de l’exposition à la nature, tant en prévention qu’en accompagnement thérapeutique, notamment face aux maladies chroniques.
- Une pratique de terrain déjà engagée : Au Centre Hospitalier Le Vinatier, malgré une difficulté d’adhésion de certains patients, des équipes psychiatriques ont déjà intégré des approches basées sur l’exposition à la nature dans leurs soins, comme complément aux prises en charge habituelles.
- Un cadre institutionnel porteur : SHAPE-Med@Lyon offre un environnement scientifique riche, propice à la collaboration. Le projet mobilise ainsi quatre équipes issues de disciplines variées, soit une dizaine de chercheurs et chercheuses au total, et s’inscrit dans une dynamique « One Health » à l’échelle du site Lyon-Saint-Étienne, avec huit partenaires impliqués.
Le projet Natur’Health propose une démarche plurielle, visant à renforcer les connaissances sur les mécanismes et les effets de l’exposition à la nature sur la santé. Il a également pour ambition d’évaluer la faisabilité de son intégration dans les parcours de soin, à l’image de l’activité physique adaptée, aujourd’hui prescrite à certaines populations. Il cherche par ailleurs à analyser les pratiques quotidiennes d’exposition à la nature, à identifier les inégalités sociales d’accès, et à développer des dispositifs d’accompagnement permettant une appropriation durable de la nature et de ses bienfaits en matière de santé publique.

Forêt de Lahti en Finlande où ils pratiquent la sylvothérapie avec les patients de l’hôpital
Neurosciences, épidémiologie et intervention au service de la santé
Le projet Natur’Health s’articule autour de trois axes majeurs.
→ Volet neurosciences
L’objectif de ce premier axe de recherche est d’étudier les effets de l’exposition sonore à la nature, ainsi que les mécanismes de récupération du stress. Pour ce faire, l’équipe PsyR2 du CRNL mobilise principalement des méthodes telles que l’électrocardiogramme (ECG), l’électroencéphalogramme (EEG) et la mesure du cortisol salivaire.
Ce volet se constitue d’un échantillon de 60 participants sains (non-patients) volontaires, sur lesquels des dispositifs de mesure sont installés. Au cours de l’expérience, un stress aigu sera induit et les mécanismes de récupération seront étudiés. Chaque exposition à un stress est suivie d’une phase de récupération avec exposition à des stimuli auditifs, des sons provenant de la nature ou de l’urbanisme.
Pour évaluer la récupération du stress, les scientifiques s’appuient sur plusieurs biomarqueurs. Le principal est le cortisol salivaire, dont le niveau augmente lors d’un stress aigu, puis diminue rapidement en cas de récupération efficace. S’ajoutent à cela, l’analyse des oscillations cérébrales – certaines étant liées à des états de calme, d’autres à une vigilance accrue –, l’évaluation de fonctions cognitives, ainsi que l’étude des paramètres cardiaques, tels que le rythme et la variabilité de la fréquence cardiaque.
Le choix de focaliser l’étude sur des stimuli auditifs plutôt que visuels repose sur plusieurs éléments : une littérature déjà bien documentée sur les stimuli visuels, l’exposition chronique des populations aux environnements sonores urbains, la volonté scientifique d’isoler chaque modalité sensorielle afin de mieux comprendre la dimension multisensorielle de l’exposition à la nature, et l’expertise spécifique de l’équipe PsyR2 dans le champ auditif.
→ Volet épidémiologique
Ce deuxième axe de recherche vise à constituer une cohorte de 2 000 personnes suivies 2 ans pour mesurer l’exposition à la nature, le niveau d’engagement et de connexion à celle-ci, et leurs effets sur la santé mentale. Ce volet porté par RESHAPE s’appuie sur des questionnaires et entretiens conduits par une équipe en sciences humaines et sociales, croisés avec des données issues du Système National des Données de Santé (SNDS) et des informations géographiques et satellitaires permettant de mesurer la végétalisation de l’environnement résidentiel. Les outils d’enquête font l’objet d’une validation méthodologique rigoureuse, garantissant leur fiabilité scientifique et leur robustesse statistique.
→ Volet interventionnel
Ce dernier axe de recherche a pour objectif d’explorer les modalités d’intégration de l’exposition à la nature dans des programmes de soins ou d’accompagnement, en priorité auprès de populations atteintes de maladies chroniques. Sont notamment ciblés les enfants, les jeunes souffrant de troubles psychotiques et les patients post-AVC. Des études de faisabilité sont actuellement menées pour envisager l’inclusion d’un volet « nature » au sein de programmes d’éducation thérapeutique.
Pour une vision à impact
Depuis son lancement en janvier 2025, le projet Natur’Health entre dans une phase de structuration. Maxime Gandy, doctorant co-encadré par les 2 porteurs du projet et le Dr Jérôme Brunelin, a débuté sa thèse de sciences sur le projet. Il contribue à l’élaboration des protocoles de recherche, la préparation des dossiers réglementaires à destination du Comité de Protection des Personnes (CPP). En parallèle, une étude préliminaire des représentations professionnelles a été menée par entretiens auprès de pédiatres, d’enseignants d’activités physiques adaptées, ainsi que de professionnels de santé mentale tels que des infirmiers, médecins et pharmaciens.
Bien que le projet soit actuellement déployé sur la région Lyon-Saint-Étienne, la co-direction et les équipes impliquées ambitionnent de capitaliser sur les résultats obtenus pour développer des études interventionnelles à plus large échelle. Elles envisagent également des collaborations avec les collectivités territoriales, ainsi qu’une inscription dans des dynamiques internationales.
En conclusion, une compréhension scientifique fine et approfondie des mécanismes neurobiologiques à l’origine des effets bénéfiques de la nature constitue un levier essentiel pour traduire ces connaissances en actions concrètes. Par exemple, elle permet de fonder sur des bases solides le développement de programmes d’intervention, d’éclairer les recommandations destinées aux professionnels de santé, et d’alimenter les décisions en matière de politiques publiques et d’aménagement du territoire.
Pour en savoir plus :
Projet Natur’Health
Julie HAESEBAERT, RESHAPE Inserm U1290 et HCL
julie.haesebaert01@chu-lyon.fr
https://www.shape-med-lyon.fr/projets/structurants-vague-1/naturhealth/
J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire


