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Combler l’écart entre les sexes dans la recherche médicale : encore un long chemin à parcourir


En février 2025, les femmes représentent 49,6 % de la population mondiale, et cet équilibre devrait être atteint d’ici 2050.12 Cela pourrait laisser penser que le développement de médicaments est tout aussi adapté aux femmes qu’aux hommes, avec des tests de sécurité et d’efficacité menés aussi rigoureusement chez les femmes que chez les hommes. Ce n’est pourtant pas le cas. Les femmes restent systématiquement sous-représentées dans les essais cliniques et s’inscrivent à des taux plus faibles dans divers domaines thérapeutiques, tels que le cancer et les maladies cardiovasculaires.3
Dans cet article, Alcimed met en lumière les causes et les conséquences de la représentation inégale des femmes dans les essais cliniques et présente des pistes d’amélioration pour l’avenir.

Qu’est-ce que l’écart entre les sexes dans la recherche médicale ?

Malgré une prise de conscience croissante de la nécessité d’une représentation équitable des femmes dans les essais cliniques, des déséquilibres persistent.

Une étude de 2018 analysant des essais cliniques multinationaux approuvés par la FDA a révélé que les femmes ne représentaient que 29 % à 34 % des participants en phase I, 41 % à 51 % en phase II, et 38 % à 49 % en phase III4. Par exemple, 61 % des patients atteints de troubles psychiatriques sont des femmes, mais seulement 42 % d’entre elles sont représentées dans les essais cliniques correspondants5. De même, les femmes représentent 51 % des patients atteints de cancer, mais seulement 41 % des participants aux essais cliniques. Cela montre que, notamment dans les phases précoces des essais, où le profil de sécurité des nouveaux médicaments est évalué, la représentation des femmes est déséquilibrée et les différences potentielles de réponse au traitement sont sous-estimées.

Inégalités entre les sexes dans la recherche médicale : d’où viennent-elles et pourquoi faut-il s’en soucier ?

Pourquoi l’accent est-il mis sur les hommes dans les essais cliniques ?

La surreprésentation des hommes dans les essais cliniques est due à divers facteurs, notamment des conséquences historiques, un manque de sensibilisation et des biais socioculturels.

1 . Peur généralisée à la suite du scandale du thalidomide en 1962

En 1962, le scandale du thalidomide éclate : le médicament est prescrit aux femmes enceintes pour soulager les nausées matinales, provoquant plus de 10 000 malformations congénitales graves6. Cette catastrophe médicale a eu de lourdes conséquences sur le cadre réglementaire des essais cliniques, entraînant une politique de la FDA en 1977 recommandant l’exclusion des femmes en âge de procréer des premières phases des essais cliniques.7 Ce n’est qu’en 1993 que la FDA a publié une directive encourageant la participation des femmes aux phases I et II des essais de médicaments. Toutefois, les effets de ce retard se font encore sentir aujourd’hui, entraînant des taux d’inscription plus faibles chez les femmes.

2 . Connaissance limitée de l’impact clinique de la physiologie féminine

On oublie souvent que le corps féminin fonctionne fondamentalement différemment du corps masculin. Les femmes ont des cycles hormonaux, des taux métaboliques et des réponses immunitaires différents, ainsi qu’une répartition particulière de la masse graisseuse.8 Ces différences ont longtemps été considérées comme compliquant l’analyse des données d’essais cliniques. Or, il a été démontré depuis que ces différences physiologiques ont un impact significatif sur la pharmacocinétique, y compris la manière dont un médicament est distribué, métabolisé et excrété, ce qui rend les tests de sécurité et d’efficacité essentiels chez les hommes comme chez les femmes.

3 . Les biais socioculturels influencent la participation des femmes aux essais cliniques

Divers facteurs peuvent influencer la volonté de participer à des essais cliniques, notamment les préoccupations liées aux effets secondaires, le temps requis pour participer, les moyens de transport et l’incompatibilité avec les horaires de travail.9 Ces contraintes touchent souvent davantage les femmes, qui restent majoritairement responsables des tâches de soins. De plus, les attentes sociales de la part de la famille, des partenaires et des amis concernant le rôle des femmes dans les obligations familiales influencent leur décision de participer ou non aux essais cliniques.10 Enfin, les préoccupations extérieures liées à la sécurité des médicaments sur la santé reproductive, la grossesse ou l’allaitement sont plus prononcées chez les femmes.11

L’impact de l’écart entre les sexes en recherche médicale sur la santé des femmes

La sous-représentation des femmes dans les essais cliniques entraîne, sur le long terme, des inégalités en matière de soins, tant en termes de sécurité que d’efficacité des traitements. Le manque de prise en compte des différences de genre dans les symptômes des maladies et les réponses aux traitements contribue à un taux plus élevé d’erreurs de diagnostic chez les femmes. Par exemple, 50 % des crises cardiaques chez les femmes sont mal diagnostiquées, entraînant un risque de décès 70 % plus élevé dans les 30 jours12. En outre, il a été montré que les femmes subissent 50 à 75 % d’effets indésirables supplémentaires liés aux médicaments, ce qui a conduit au retrait de plusieurs médicaments en raison de risques sanitaires pour les femmes13.

De nombreux exemples soulignent l’importance de prendre en compte les différences de genre dans les essais cliniques. Par exemple, une étude de 2013 a montré que les femmes porteuses de prothèses de hanche en métal avaient 29 % de risques supplémentaires de défaillance de l’implant par rapport aux hommes14. Cela est probablement dû à des différences anatomiques et à une insuffisance de tests cliniques réalisés chez les femmes.

Autre exemple : le médicament contre l’insomnie Zolpidem, qui, des années après son autorisation, s’est révélé causer potentiellement davantage d’accidents de la route le matin chez les femmes que chez les hommes. Cette différence est due à l’absence de dosage différencié selon le sexe, conduisant à des concentrations plasmatiques deux fois plus élevées chez les femmes.1516

Enfin, le médicament Digoxine, connu pour accroître la force des contractions cardiaques, a été testé dans des essais comptant 80 % de participants masculins. Des années plus tard, une analyse des données selon le sexe a montré que les femmes prenant de la digoxine mouraient plus tôt que celles sous placebo17.

Ces exemples montrent que négliger la physiologie féminine, le métabolisme et les différences hormonales met en danger la santé des femmes et compromet l’efficacité des traitements. Reconnaître et traiter les différences entre les sexes est essentiel et doit devenir une priorité dans la recherche clinique.

Que faut-il pour combler l’écart entre les sexes dans la recherche médicale ?

Des mesures prometteuses ont déjà été prises pour réduire les inégalités

En 2025, la FDA a publié de nouvelles directives pour réduire la sous-représentation des femmes dans les essais cliniques portant sur les médicaments et les dispositifs médicaux dans divers domaines thérapeutiques. Ces directives visent à augmenter l’inclusion des femmes, à analyser et interpréter les données selon le sexe et à inclure ces informations dans les demandes réglementaires de mise sur le marché des produits médicaux.18

L’Union européenne agit également pour améliorer la représentativité et l’inclusion des patients dans les essais cliniques, notamment avec le projet READI (Research in Europe and Diversity Inclusion), lancé en janvier 2025 dans le cadre d’Horizon Europe. Cette initiative vise à surmonter les obstacles à la participation des populations marginalisées et sous-représentées. Elle s’attaque aux problèmes de manque d’information, de méfiance, de communication déficiente, de contraintes géographiques et de préjugés, tout en soulignant l’importance d’intégrer l’analyse fondée sur le genre dans la recherche et l’innovation.1920

Ces évolutions récentes mettent en avant l’importance des différences entre les sexes en matière de sécurité et d’efficacité des médicaments, tout en protégeant la santé des femmes et en sensibilisant institutions et grand public.


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Des opportunités restent à saisir pour aller plus loin

Les avancées sont réelles, mais il reste encore de nombreuses pistes à explorer, notamment :

  • Promouvoir l’égalité et la sensibilisation dans les postes de direction de la recherche : les postes de direction en biomédecine, y compris les rôles d’investigateurs cliniques, sont majoritairement occupés par des hommes. Par exemple, seulement 18 % des essais cliniques en cardiologie sont dirigés par des femmes. Pourtant, il a été démontré que les essais dirigés par des femmes incluent davantage de participantes féminines21. Cela montre l’importance de la présence des femmes aux postes de décision pour favoriser l’égalité et l’inclusivité dans les essais cliniques.
  • Renforcer l’analyse spécifique au sexe dans les essais : les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, peuvent faciliter les analyses différenciées selon le sexe, identifier les tendances liées au genre, aider les médecins à poser un premier diagnostic et à prédire les réponses aux traitements.222324 Tempus AI est un exemple de fournisseur de logiciels cliniques utilisant l’IA pour traiter les données, élaborer des plans de traitement et prévoir les effets indésirables.25 Ces approches sont très prometteuses et pourraient être davantage optimisées et testées dans les cadres d’essais cliniques.
  • Créer un cadre d’essai clinique compatible avec les femmes : enfin, il est essentiel d’optimiser à la fois le recrutement et l’adhésion des femmes aux essais cliniques en les encourageant et les soutenant. Cela passe notamment par la lutte contre les biais sociaux et culturels, la mise à disposition de documents d’information clairs sur le protocole et les effets secondaires potentiels, et la levée des obstacles logistiques. Il s’agit, par exemple, de proposer des solutions de garde d’enfants ou de personnes âgées, des transports et des options de participation flexibles, comme un traitement à domicile ou dans des centres de proximité, avec des horaires adaptés à la disponibilité des participantes.26

En conclusion, les inégalités entre les sexes persistent dans les essais cliniques. Cela conduit à une participation moindre des femmes, mettant leur santé en danger. Ces dynamiques sont nourries par des biais historiques et socioculturels, un manque d’information et de soutien pendant les essais, ainsi qu’un déficit de sensibilisation aux différences entre les sexes en recherche biomédicale.

En tant qu’acteurs clés de la santé et contributeurs aux développements cliniques actuels et futurs, les laboratoires pharmaceutiques doivent jouer un rôle actif pour promouvoir l’égalité et l’inclusion dans les essais cliniques. Alcimed peut vous aider à identifier des stratégies et des solutions pour favoriser la diversité dans vos essais cliniques et faire progresser l’équité en santé. Cela inclut l’optimisation du design des essais et le renforcement de l’engagement des patients, en identifiant les informations et soutiens spécifiques dont les femmes ont besoin pour améliorer leur recrutement et leur adhésion. N’hésitez pas à contacter Alcimed !


A propos des auteures, 
Céline
, Cheffe de projet au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.
Johanna, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.

Publié le 05 juin 2025

 

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