Le 36ème congrès de la SF2H fait salle comble à Lille Grand Palais
Trois jours d’échanges et de construction collective au service de la prévention du risque infectieux
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©SF2H 2026
À l'issue du 36ᵉ congrès de la Société Française d'Hygiène Hospitalière (SF2H), un constat s'impose : les professionnels disposent aujourd'hui d'outils scientifiques performants, mais leur déploiement reste freiné par des contraintes organisationnelles et économiques.
Séquençage de nouvelle génération, PCR, intelligence artificielle ou logiciels d'aide à la surveillance constituent autant de leviers pour transformer durablement la prévention des infections associées aux soins. Le Pr Jean-Winoc DECOUSSER, président de la SF2H, revient pour La Gazette Diag & Santé sur cette édition 2026 qui a réuni à Lille Grand Palais en juin dernier plus de 1600 hygiénistes, infectiologues, microbiologistes, soignants, chercheurs, décideurs institutionnels et partenaires industriels, autour des enjeux actuels et émergents de la prévention du risque infectieux.
Quelques mots pour commencer sur la Société Française d'Hygiène Hospitalière ?
« La SF2H réunit aujourd’hui plus de 1200 professionnels engagés dans la prévention du risque infectieux (PRI) en milieu de soins. Notre mission consiste à promouvoir la sécurité et la qualité des soins, la prévention et la lutte contre les infections associées aux soins.
La SF2H est née en 2010 de la fusion de la Société des infirmiers et infirmières en hygiène de France (SIHHF) et de la SFHH (médecins hygiénistes). Cette union en fait, à ma connaissance, la seule société véritablement mixte, avec une parité statutaire entre membres paramédicaux et médicaux. Cette mixité est essentielle, car il n’existe pas de « super hygiéniste » capable de maitriser l’ensemble des connaissances et des enjeux liés au risque infectieux. Seule la complémentarité des compétences permet d’agir efficacement. »
Quel premier bilan dressez-vous de cette 36ème édition du congrès annuel SF2H ?
« Le congrès de Lille a été un vrai succès, avec plus 1600 participants venus de toute la France, mais aussi d’Afrique et de pays voisins tels que la Belgique et le Luxembourg. Il constitue un rendez-vous majeur et unique de la PRI.
Désormais étendu sur trois jours, le programme a associé sessions plénières, communications libres, posters commentés, ateliers de démonstration et formations spécialisées, favorisant les échanges interdisciplinaires et le partage d’expériences de terrain. Une session internationale et plusieurs symposiums industriels ont par ailleurs été proposés en parallèle de sessions invitées organisées en partenariat avec d’autres sociétés savantes (microbiologie, anesthésie-réanimation, pathologie infectieuse, mycologie médicale), illustrant l’ouverture de l’hygiène hospitalière et de la Prévention du Risque Infectieux vers d’autres spécialités.
Avec plus de 80 stands, l’exposition des partenaires industriels s’est également imposée comme un pôle d’attraction majeur pour de nombreux visiteurs venus découvrir des solutions concrètes en matière de désinfection, de dispositifs médicaux, de lavage des endoscopes ou encore de gestion des déchets. »
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Quels étaient les grands axes scientifiques au programme ?
« Le congrès s’est structuré autour de quatre thématiques transversales :
- l’architecture des espaces de soin qui a souligné l’importance d’intégrer la prévention du risque infectieux dès la conception des bâtiments, tout en prenant en compte les enjeux réglementaires et climatiques ;
- l’intelligence artificielle et les outils numériques, capables d’exploiter les données aujourd’hui dispersées (dossier patient, laboratoire, programme de médicalisation des systèmes d’information…) pour améliorer la surveillance et détecter plus précocement les épidémies.
- les soins critiques - la prévention des infections en réanimation, où les progrès permettent désormais d’approcher le « zéro infection » dans certains domaines, malgré la complexité croissante des prises en charge ;
- la prévention du risque infectieux dans les « tuyaux » : des microbiotes intestinaux aux siphons hospitaliers, qui sous l’effet d’une désinfection inadaptée représentent d’importants réservoirs de bactéries résistantes, à l’image de ce qui se passe dans le tube digestif sous antibiotiques.
Nous devons désormais considérer l'hôpital dans sa globalité : les bâtiments, les circuits techniques, l'environnement et bien sûr les patients. Cette approche globale est indispensable pour améliorer durablement la prévention. »
Au-delà du bilan du congrès, quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels ?
« L'hygiène hospitalière / la prévention du risque infectieux est aujourd'hui à un tournant. Les connaissances scientifiques progressent rapidement, mais nos outils de surveillance n'évoluent pas au même rythme. Dans de nombreux établissements, la détection des infections repose encore sur des méthodes traditionnelles : fichiers Excel, appels téléphoniques, surveillance manuelle…. Pourtant des logiciels « métiers » et demain l’IA offrent des solutions techniques performantes permettant d’automatiser certaines tâches et de focaliser nos forces sur notre cœur de métier, à savoir notamment l’expertise et l’audit des pratiques.
D’ un point de vue microbiologique. les PCR de détection rapide des bactéries hautement résistantes sont désormais promues par les nouvelles recommandations du Haut Conseil de la santé publique attendues pour 2026. Le séquençage de nouvelle génération permet quant à lui de comparer les micro-organismes et ouvre la voie à une surveillance beaucoup plus proactive… »
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Pourquoi ces solutions ne sont-elles pas encore utilisées ?
« Elles sont déjà déployées dans plusieurs établissements et leur efficacité est démontrée. Le principal frein reste économique. Les analyses environnementales, pourtant essentielles par exemple pour relier une souche retrouvée dans un siphon à celle d'un patient, ne sont pas codifiées dans la nomenclature des actes biologiques. Or investir dans la prévention coûte bien moins cher que traiter une infection associée aux soins. C'est un non-sens que nous devons collectivement lever. »
La vaccination occupe également une place importante dans cette stratégie.
« Absolument, car les mesures d’hygiène montrent leurs limites. Empêcher totalement la transmission virale est impossible sans mesures drastiques, socialement inacceptables notamment chez les personnes âgées institutionnalisées. Les vaccins changent en revanche considérablement la donne. Covid-19, grippe, virus respiratoire syncytial (VRS), pneumocoque : nous disposons aujourd’hui d’outils efficaces pour éviter les formes graves, notamment chez les populations les plus fragiles, mais là encore, certaines limites de remboursement freinent leur diffusion. »
Quels seront les prochains temps forts de la SF2H ?
« Nous préparons déjà le prochain congrès, qui se tiendra à Strasbourg en juin 2027. Objectif: toujours réunir l'ensemble des acteurs de la prévention du risque infectieux, favoriser les échanges entre disciplines et accompagner l'arrivée de nouvelles solutions technologiques. »
Ainsi, au-delà des innovations présentées lors du congrès, la SF2H défend un message constant : la prévention est un investissement, non une dépense. Chaque infection évitée représente un bénéfice humain pour les patients, mais également un gain pour les établissements de santé et la collectivité. Dans un contexte marqué par la progression des bactéries multirésistantes et le vieillissement de la population, renforcer la surveillance, développer les outils de prévention et favoriser la coopération entre soignants, biologistes, ingénieurs, chercheurs et industriels demeure plus que jamais indispensable.
Pour en savoir plus : www.sf2h.net
S. DENIS
©La Gazette du Laboratoire


