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Un département de Pharmacie clinique de pointe, parmi les plus robotisés au monde

Gustave Roussy s’équipe d’un troisième robot de préparation d’anti-cancéreux injectables, qui vient rejoindre la plateforme robotisée high tech de son département de Pharmacie clinique, au bénéfice direct des patients. Avec à la clef une sécurité encore accrue, des flux optimisés et un environnement de travail toujours plus serein, pour un service indispensable : la pharmacie à l’hôpital.

Le département de pharmacie clinique de Gustave Roussy a inauguré le 13 décembre 2021 sa nouvelle plateforme robotisée. Celle-ci a accueilli un troisième robot de préparation de médicaments anticancéreux injectables. Ce robot dernière génération permet aussi de réaliser les plus petites doses de traitement (dès 0,3 ml), tout spécialement adaptées aux jeunes patients du département de Pédiatrie de l’Institut. Une acquisition motivée par les excellents résultats qualitatifs et quantitatifs générés par les deux robots précédemment intégrés en 2018.

Manipulations réalisées via un robot de production de chimiothérapie
Manipulations réalisées via un robot de production de chimiothérapie - crédit photo : Gustave Roussy

Chaque jour, le département de pharmacie produit environ 300 préparations d’anti-cancéreux injectables, dont la moitié environ est réalisée à l’aide de ces trois robots à la pointe de la technologie. Ces robots permettent notamment de répondre à une croissance importante de l’activité ambulatoire de l’Institut, en améliorant la régularité et les délais de production, afin de mieux organiser la prise en charge à l’hôpital de jour et de réduire ainsi les délais d’attente des patients. La sécurité est accrue pour les patients, chaque robot effectuant des contrôles in process à toutes les étapes de la préparation.
Après un paramétrage des caractéristiques de chaque médicament, le robot est en mesure de faire des contrôles visuels par caméra et codes-barres de l’identité du principe actif et du solvant de dilution notamment, et ainsi de réaliser toutes les préparations de chimiothérapies et immunothérapies dans un processus de vérification continue. Les appareils effectuent automatiquement des contrôles gravimétriques (de pesée) sur 100 % des préparations, afin de s’assurer que la dose prélevée correspond bien à celle prescrite par le médecin au patient concerné. L’environnement immédiat des préparations fait aussi en permanence l’objet d’un contrôle particulaire (comptage des particules) et microbiologique.
Enfin, cet équipement de haute technologie participe à l’accompagnement des équipes dans l’évolution de leur métier, en soulageant les préparateurs en pharmacie de tâches complexes et répétitives, et en leur permettant de se concentrer sur les activités à plus grande valeur ajoutée. Le niveau de sécurité appliqué aux préparations implique également un cadre plus sûr pour les équipes, en réduisant encore leur exposition aux produits toxiques, ainsi que le volume de tâches génératrices de troubles musculo-squelettiques.

« La fabrication 100 % manuelle des poches de traitement, que l’on connaît depuis toujours, n’est plus possible aujourd’hui, car les préparations sont de plus en plus nombreuses et spécifiques. Notre objectif est donc de permettre aux préparateurs en pharmacie d’acquérir de nouvelles compétences, liées à la robotisation et à l’automatisation. Nous prévoyons en 2022 pour le département une montée en charge de la production robotisée jusqu’à 80 %, avec l’installation d’une caméra de contrôle de haute précision, nous atteindrons 100 % de préparations sécurisées », souligne le Dr André Rieutord, chef du département de Pharmacie clinique de Gustave Roussy.

Dr André Rieutord, chef du département de Pharmacie Clinique
Dr André Rieutord, chef du département de Pharmacie Clinique
crédit photo : Gustave Roussy

Préparations spécifiques et innovations
Le département de Pharmacie clinique adapte, crée et transforme constamment, dans l’objectif de contribuer au développement de traitements toujours plus personnalisés, en toute sécurité. « Notre département est amené à mettre au point, dans son propre laboratoire pharmaceutique intégré, de nouvelles thérapies dans des contextes cliniques singuliers, comme celui des cancers rares et des populations particulières, qui engendrent une demande trop faible et seraient donc trop lourds à produire pour les industries pharmaceutiques, ou encore en vue de résoudre certaines difficultés dans l’observance d’un traitement », détaille le Dr Rieutord « Notre agilité et notre savoir-faire expert nous offrent la capacité et le droit de développer par nous-mêmes des préparations hospitalières, selon les normes de qualité et réglementaires en vigueur ». Et cette année encore, le département de Pharmacie s’est illustré dans la mise au point de nombreuses thérapies innovantes.

Des formes adaptées aux enfants
Le témozolomide, chimiothérapie essentielle dans la prise en charge du médulloblastome, un cancer pédiatrique des enfants en bas âge, n’était jusqu’à présent disponible que sous forme de gélules, particulièrement difficiles à administrer à un enfant. Face à ce constat, le département de Pharmacie clinique, avec le Dr Maxime Annereau, pharmacien, le département de Pédiatrie avec le Dr Samuel Abou, onco-pédiatre, et la société biopharmaceutique ORPHELIA Pharma, ont œuvré ensemble à la création d’une suspension buvable prête à l’emploi et avec masquage de goût, le Kimozo®. Une innovation dont ont pu bénéficier les plus jeunes patients de l’Institut et qui va désormais devenir accessible à tous grâce à l’obtention d’une autorisation européenne.
« Dans le même esprit, nous souhaitons développer une forme orale de la vinorelbine, un médicament prescrit dans le traitement de maintenance d’un autre cancer de l’enfant, le rhabdomyosarcome. Ce médicament n’est disponible que sous forme intraveineuse ou sous forme de capsule, trop grosse et aux doses non adaptées pour les enfants, ce qui contraint les jeunes patients à subir un passage à l’hôpital de jour. À l’avenir, ils pourront le prendre tranquillement installés chez eux », illustre le Dr Rieutord

Une pilule personnalisée
Le département de Pharmacie participe par ailleurs au développement d’un médicament en sénologie. « Jusqu’à 30 % des femmes sous tamoxifène, une hormonothérapie destinée à réduire le risque de récidive d’un cancer du sein localisé, abandonnent la prise de leur traitement pourtant prévue pour un minimum de cinq ans, à cause des effets indésirables. Nous avons donc réfléchi, avec les Drs Inès Vaz-Luis et Barbara Pistilli, oncologues à Gustave Roussy, au moyen d’améliorer l’observance de ce traitement », relate le Dr Rieutord. Des formes galéniques inédites, personnalisées et combinant plusieurs principes actifs ont ainsi été conçues. La molécule prévenant la récidive du cancer est combinée avec une autre molécule contre les effets indésirables dans une seule pilule, en utilisant la technologie d’impression pharmaceutique 3D de la start-up FabRx, pour améliorer les taux d’adhésion au traitement et le bien-être des patientes. Une nouveauté dont l’impact est sur le point d’être testé dans le cadre de l’étude clinique OPERA pilotée par Gustave Roussy, une première en France.

L’intelligence artificielle au service de la pharmacie à l’hôpital
Le département de Pharmacie de Gustave Roussy et la société PharmIA vont codévelopper un outil d’aide à la décision dédié aux pharmaciens en oncologie. Cette plateforme numérique aura pour but d’accompagner la pharmacie de l’Institut, qui gère chaque jour 180 à 200 ordonnances souvent complexes, dans l’analyse, la priorisation et la validation sécurisées des prescriptions, grâce à un système combinant en temps réel l’ensemble des informations thérapeutiques et médicales du patient.

Le rôle essentiel de la pharmacie, du laboratoire au chevet du patient
Si le département de Pharmacie clinique de Gustave Roussy, qui s’étend sur 2 000 m², est pour sa production pharmaceutique l’un des plus robotisés au monde, il est aussi le plus robotisé de France. « Il est également le deuxième plus gros centre de production de préparations de médicaments anticancéreux injectables de l’Hexagone, avec 90 000 préparations par an, dont 10 000 sont produites dans le cadre des essais cliniques », précise le Dr Rieutord, chef du département de pharmacie de Gustave Roussy.

Le département de Pharmacie s’attache à mener à bien trois missions prioritaires.
-     Approvisionner et dispenser les médicaments et autres produits de santé pour les patients hospitalisés et ambulatoires (les dispositifs médicaux stériles, les cathéters, les compresses et les sondes, par exemple). Le Département de Pharmacie assure également le lavage et la décontamination du matériel des dispositifs médicaux réutilisables.
-     Produire des préparations médicamenteuses, commercialisées ou expérimentales, de leur fabrication jusqu’à leur contrôle
-     Délivrer des soins pharmaceutiques, une fonction passant notamment par l’élaboration de bilans médicamenteux, particulièrement nécessaires auprès de certains patients, tels que ceux admis en gériatrie ou en hématologie.

« Certains malades présentent des comorbidités, dont nous devons tenir compte pour apporter ou non des ajustements aux thérapies qui leur sont proposées »,explique le Dr André Rieutord. « La Pharmacie valide les ordonnances et propose un accompagnement dit « d’éducation thérapeutique » visant à favoriser une bonne observance des traitements du cancer. Cela passe notamment par un dialogue avec les patients, à travers des consultations pharmaceutiques dédiées, indispensables pour nous permettre d’appréhender au mieux leur situation médicale et nous assurer que nous avons bien connaissance de tous les autres médicaments qu’ils prennent en dehors des anticancéreux. »
« Il s’agit pour nous de jouer notre rôle de pharmacien jusqu’au chevet du patient, en déterminant ce dont il a besoin tout au long de son parcours de soin » , poursuit le chef du département. « Notre activité est de l’ordre de l’industrie pharmaceutique, à l’échelle de notre établissement, avec les mêmes hauts standards et exigence de qualité ».

Robot de production de chimiothérapie
Robot de production de chimiothérapie - crédit photo : Gustave Roussy

Le projet stratégique du département de pharmacie :
-     Optimiser et sécuriser le parcours médicamenteux, à travers des locaux ergonomiques, des systèmes d’information adaptés et des outils de production et logistiques de haute technologie.
-     Intégrer les soins pharmaceutiques au parcours patient, de l’avant à l’après-cancer, en s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle.
-     Participer à l’innovation et au développement du traitement individualisé du cancer en adaptant les médicaments existants et en formulant des thérapies innovantes, pour une médecine cancérologique de précision.
-     Former et valoriser les collaborateurs, pour manager leur montée en compétences, la transformation et manager l’adaptabilité aux nouvelles technologies.
-     Devenir un centre d’excellence en pratique oncologique pharmaceutique avec l’université Paris-Saclay en tant que centre de formation qualifiant, pour dynamiser et valoriser la recherche en pratique pharmaceutique oncologique

Pour en savoir plus : https://www.gustaveroussy.fr/
Contact : CLAIRE PARISEL claire.parisel@gustaveroussy.fr ou 01 42 11 50 59

Visite immersive de la centrale de production pharmaceutique robotisée de dernière génération : https://cloud.3dvista.com/hosting/7282761/0/index.htm

E. Bouillard

 

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