Obésité, (re)donner le goût de bouger, avant tout

Difficile de se sentir à l’aise dans un amphithéâtre exiguë et surpeuplé quand on est en surpoids. Difficile également de pousser la porte d’un club de sport ou de la piscine quand on est mal à l’aise avec l’image de son corps. Difficile encore de changer ses habitudes alimentaires avec un budget restreint. Les étudiants obèses font face à cette triple peine. C’est à leur bénéfice que le programme Sport et santé a été conçu.

Les docteurs Aude Rochoux et Julie Rigaut, directrice et directrice adjointe du Service de santé universitaire (SSU) font le constat amer que le pourcentage d’étudiants obèses à l’Université de Strasbourg rejoint celui de la population française. Elles partagent leur désarroi avec Josiane Wiederkehr, professeur d’Éducation physique et sportive (EPS) au Service des sports. Toutes trois ne peuvent se résigner à la situation. « Nous avons la conviction personnelle que la diversité est une force et que notre société gagne à être plus inclusive », affirme Julie Rigaut. C’est de l’association de ces trois femmes qu’est né le projet Sport et santé. Ce programme a été pensé pour donner ou redonner goût à l’activité physique aux étudiants en situation d’obésité et favoriser leur socialisation grâce à la pratique sportive.

Innovant, la nouveauté du programme Sport et santé est de cibler le public étudiant. Il en existe des similaires pour les adultes ou les enfants, mais rien n’est fait pour cette période particulière qu’est la vie étudiante. Le passage à la vie adulte et tous les bouleversements qui l’accompagnent semble pourtant être un contexte particulièrement propice pour installer des changements de comportements, alimentaire ou sportif. Grâce, notamment, à la caution scientifique apportée par Fabrice Favret, doyen de la Faculté des sciences du sport, le programme est soutenu par plusieurs financeurs : l’Idex mais également l’Agence régionale de santé (ARS), le régime local d’assurance maladie et la Région Grand Est. L’équipe constituée de Josiane Wiederkehr, Aude Rochoux et Julie Rigaut s’élargit avec le concours de Christophe Kugler, professeur d’EPS spécialisé dans les pratiques en plein air, d’Isabelle Jecker, diététicienne et Caroline Vaxelaire, psychologue.



Un cadre bienveillant

C’est ainsi que depuis cinq ans, le programme Sport et santé débute à chaque rentrée universitaire. Sur la base du volontariat, les étudiants qui y prennent part s’engagent pendant un an à être suivi médicalement et à venir à l’un des trois cours de pratique sportive hebdomadaires qui leurs sont proposés. Les visites chez la psychologue et la diététicienne se font sur base du volontariat. Chaque année, ce sont environ 80 étudiants qui rejoignent le programme. Néanmoins, le taux d’abandon est important, 25 étudiants sont suivis très régulièrement. « Beaucoup de participants ont un travail. Entre les études et leur emploi, le rythme est difficile à tenir. Alors, ceux qui souhaitent revenir après un moment de pause sont les bienvenus. Nous ne fermons pas la porte », modère Josiane Wiederkehr. Si la motivation principale des participants est la perte de poids, il y a également en trame de fond la volonté de rester en bonne santé. « Ils sont très conscients de leur état de forme générale et sont souvent engagés dans un parcours de soin par ailleurs », abonde le docteur Rigaut.

Les participants ont le choix entre un cours de piscine et deux cours de cardio qui leur sont spécifiquement réservés, où la pratique sportive est adaptée en termes d’intensité et de répétition. Loin du regard des autres, cet entre-soi est primordial. Les étudiants accèdent ainsi à un cadre bienveillant, à l’opposé de l’effet stigmatisant qu’ils ont pu parfois expérimenter lors de la pratique en club. « Il est important de noter que le goût pour l’activité physique n’est pas construit une fois pour toutes », indique Sandrine Knobé, sociologue et membre du laboratoire Sport et sciences sociales de l’Université de Strasbourg, associée au programme. Pour le plaisir de tous, l’année est ponctuée par quatre sorties en plein air, pendant lesquelles les étudiants s‘essaient à la randonnée, au VTT, à la balade en raquette, etc. « L’aspect social est primordial. On vient au programme Sport et santé pour faire du sport, se reconnecter avec son corps, prendre plaisir à bouger et… pour voir les copains », conclut Josiane Wiederkehr.


Fanny Cygan


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