2020-09-16 
Des chercheurs font le point sur l’utilisation d’un type de vaccin innovant contre plusieurs maladies animales et humaines

Des chercheurs font le point sur l’utilisation d’un type de vaccin innovantcontre plusieurs maladies animales et humaines

Un  vaccin  qui  s’avale  et  protège  aussi  bien  contre  des  maladies  causées  par  des  parasites,  des  bactéries  ou  des  champignons.  Dans  une  publication  qui  vient  de  paraitre, des scientifiques de l’unité mixte de recherche Bipar1 (Anses, INRAE, EnvA) du laboratoire de santé animale de Maisons-Alfort, ont fait le point sur les recherches menées  sur  un  type de  vaccin  encore  peu  développé mais qui  pourrait  modifier  les  stratégies de vaccination contre plusieurs maladies animales et humaines.

Comme pour tout vaccin, celui étudié repose sur la reconnaissance par le système immunitaire d’un agent infectieux auquel il a déjà été confronté. Son originalité vient du fait que la molécule utilisée  pour  déclencher  la  réponse  immunitaire  protège  non  pas  contre  une seule maladie, mais  contre  plusieurs.  Il  s’agit  d’un  glucide présent  sur  la  membrane  des  cellules  des  organismes pathogènes : le galactose-α-1,3-galactose (α-gal). Il est répandu parmi les êtres vivants, mais les humains, les oiseaux et les poissons ont perdu la capacité de le synthétiser. Lorsque ces derniers sontinfectés par un organisme porteur d’α-gal, leur système immunitaire produit des anticorps spécifiques vis-à-vis de cette molécule. Des membres de l’unité Bipar (Biologie  moléculaire  et  immunologie  parasitaires),  composée  de  chercheurs  de  l’Anses,  d’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), et de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA), ont fait une synthèse des recherches menées sur les vaccins à base d’α-gal. Leur revue, en collaboration avec des chercheurs d’Autriche et d’Espagne, est parue aujourd’hui dans la revue Trends in parasitology.

Un vaccin contre plusieurs maladies
L’unité Bipar, au sein du laboratoire de santé animale de Maisons-Alfort, a collaboré à deux recherches expérimentales qui sont parues cette année : l’une sur les poissons-zèbre, l’autre sur des volailles. L’équipe a montré qu’un vaccin à base d’α-gal permet de protéger des poissons-zèbres2 contre la bactérie Mycobacterium marinum. Cette dernière provoque une maladie chronique chez les poissons et est proche de celle responsable de la tuberculose chez l’Homme. Outre son intérêt pour la pisciculture, ce résultat pourrait ouvrir des perspectives de vaccination de l’Homme notamment contre la tuberculose et d’autres bactéries de la même famille.

La seconde étude3 s’est intéressée à un champignon, Aspergillus fumigatus, qui provoque des lésions pulmonaires notamment chez les volailles et chez l’Homme immunodéprimé. Puisque l’α-gal est naturellement présent à la surface des microorganismes du système digestif, les chercheurs ont donné aux animaux testés une souche de bactérie (Escherichia coli O86:B7) qui produit une grande quantité de ce glucide. Résultat : les dindes qui l’ont reçue ont résisté à l’infection par le champignon et leurs poumons n’ont pas été endommagés. Ce vaccin est un probiotique : des microorganismes vivants sont administréspour leurs bénéfices sur la santé. Les probiotiques n’ont pas d’effet indésirable connu sur le microbiote intestinal.

D’autres  équipes  de  recherche  ont  montré  l’efficacité  de vaccins  à  base  d’α-gal  sur  desparasites responsables de maladies majeures pour l’homme. Les résultats, obtenus sur des souris, permettent d’envisager le développement de vaccins contre lepaludisme, la maladie de Chagas4 etla  leishmaniose5.

Des bénéfices multiples
Le vaccin à base d’α-gal va à l’encontre de la démarche vaccinale traditionnelle, qui privilégie des solutions spécifiques vis-à -vis d’un agent infectieux en particulier. La possibilité d’obtenir une  réponse  immunitaire  efficace  par  la  consommation  de  bactéries  riches  en  α-gal est intéressante et novatrice. Les vaccins de ce type ont un faible coût de production. De plus, ils sont faciles à administrer dans les zones ayant un accès limité aux services de santé : il n’y a en  effet  pas  besoin  de  les  conserver  au  frais,  ni  de  faire  d’injection,  puisqu’il  suffit  de  les  mélanger  à  la  nourriture.  Cette  approche  est  donc  susceptible  d’avoir  un  impact  majeur  en  matière de prévention et de maîtrise des principales maladies infectieuses et parasitaires des volailles, des poissons et des humains.

Référence : 
Hodžić A., Mateos-Hernández L., de la Fuente J., Cabezas-Cruz A. (2020),α-Gal-based vaccines: Advances, opportunities, and perspectives. Trends in Parasitology. doi : 10.1016/j.pt.2020.08.001

 

1Biologie moléculaire et immunologie parasitaires
2 Pacheco I, Contreras M, Villar M, et al. Vaccination with Alpha-Gal Protects Against Mycobacterial Infection in the Zebrafish Model of Tuberculosis. Vaccines (Basel). 2020;8(2):195. Published 2020 Apr 24. doi:10.3390/vaccines8020195
3 Mateos-Hernández, L et al. Gut Microbiota Abrogates Anti-α-Gal IgA Response in Lungs and Protects against Experimental Aspergillus Infection in Poultry. Vaccines 2020, 8, 285. doi : 10.3390/vaccines8020285
4 Maladie tropicale provoquée par le parasite Trypanosoma cruzi,  à l’origine de dommages irréversibles de certains organes, y compris le cœur et le système nerveux périphérique.
5 Ensemble de maladies dues à des parasites du genre Leishmania, qui provoquent des atteintes cutanées ou viscérales. Elles peuvent être mortelles si elles ne sont pas soignées.

 

 

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