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2022-01-25 
Xénogreffe : le cœur repart. Une avancée scientifique majeure… et médicalement décisive ?

Une équipe chirurgicale de Baltimore (Université du Maryland, USA) vient de réaliser une transplantation cardiaque chez un patient de 57 ans, en utilisant un cœur de porc génétiquement modifié. Le malade, en insuffisance cardiaque terminale, n'était pas éligible pour recevoir une allogreffe en raison d'importantes comorbidités. Dans l'insuffisance cardiaque terminale, une modalité possible de suppléance fonctionnelle est alors la xénogreffe, le cœur artificiel Carmat en étant un autre exemple.
Cette xénogreffe faisait suite à une intense activité de recherche au laboratoire, dans différents domaines : production de porcs ayant subi de multiples modifications génétiques ; mise au point de nouvelles approches immunosuppressives ; prévention des infections transmissibles ; survies prolongées obtenues après xénogreffe de cœur de porc chez le babouin et, récemment, survie d'un rein de porc implanté durant quelques jours au pli du coude d'une femme en état de mort cérébrale. Cette équipe, qui était prête à passer à l'étape clinique, avait reçu, 48h avant, l'autorisation de la FDA de réaliser cette xénogreffe.
Ce n'est pas la première fois qu'une xénogreffe est réalisée chez l'homme. En effet, si l'on occulte les quelques « opérations de la dernière chance » et sans lendemain réalisées dans la première moitié du XXème siècle à partir d'organes prélevés chez le porc, le mouton ou le chimpanzé, deux programmes structurés de xénogreffe avaient été engagés : à partir d'organes prélevés chez le babouin, à Loma Linda (Californie) en 1984 où la petite « Baby Fae » avait été greffée d'un cœur, puis à Pittsburgh (Pennsylvanie) en 1992 où un malade atteint de cirrhose virale B au stade terminal avait été greffé d'un foie. Les greffons avaient, dans les deux cas, fonctionné plusieurs semaines avant que les receveurs ne meurent d'infection nosocomiale.
Cette nouvelle xénogreffe lève implicitement le moratoire international sur les greffes inter-espèces décrété en 1999 et qui suspendait, de fait, l'autorisation des xénogreffes en raison du risque de transmission à l'espèce humaine de rétrovirus endogènes pouvant induire des pandémies incontrôlables. Ce risque a été contrôlé, dans ce cas, par une des modifications génétiques du porc. Elle montre qu'en médecine, la « transgression » peut être encore motrice de l'innovation, dès lors qu'elle s'appuie sur un solide programme de recherche expérimentale, conduit dans ce cas par une entreprise spécialisée dans l'élevage d'animaux transgéniques, et sur la prise de risque par des Autorités capables de surmonter le principe de précaution.

Communiqué en PDF

 

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