2026-03-02
Évolution : pluralité de voies vers la multicellularité
Une étude de chercheurs de l’Institut Pasteur publiée aujourd’hui dans Nature révèle que la forme unicellulaire d’un minuscule organisme aquatique peut passer à l’état multicellulaire de trois façons différentes. Cette découverte apporte un nouvel éclairage sur les origines possibles de la vie multicellulaire en suggérant un degré de flexibilité jusque-là méconnu.
Les organismes multicellulaires sont constitués d’un grand nombre de cellules, qui peuvent être similaires dans les organismes simples ou de type différent dans ceux plus complexes. La multicellularité a maintes fois évolué de manière indépendante. Deux scénarios sont connus jusqu’ici : dans le premier, un organisme unicellulaire se divise par clonage pour générer une structure multicellulaire composée de cellules génétiquement identiques. Dans le second, différents organismes unicellulaires s’agrègent pour former une structure multicellulaire composée de cellules potentiellement génétiquement différentes. Alors que l’on pensait ces deux processus presque toujours mutuellement exclusifs, Thibaut Brunet et ses collègues viennent remettre cette théorie en question.
Les auteurs étudient une espèce de choanoflagellés, de petits organismes aquatiques qui peuvent exister sous forme unicellulaire et multicellulaire, baptisée Choanoeca flexa dans les mares temporaires formées par les vagues sur les côtes de l’île de Curaçao aux Caraïbes. C. flexa passe de l’état unicellulaire à l’état multicellulaire, et inversement, à mesure que les mares s’évaporent et se reforment. Au cours de ces cycles, la multicellularité résulte d’une division clonale de la cellule, d’une agrégation ou d’une combinaison de ces deux processus. Selon les auteurs, ce scénario mixte pourrait être une façon pour l’organisme de s’adapter à l’environnement très variable des mares temporaires, soumises à des fluctuations extrêmes de salinité au gré de leur évaporation et de leur reformation.
Étant donné que les choanoflagellés sont les plus proches parents des animaux, les auteurs voient dans C. flexa un modèle prometteur pour l’étude de la multicellularité. Dans une contribution connexe pour la section « News & Views », Jaruwatana Sodai Lotharukpong et Susana Coelho suggèrent qu’en montrant que les voies vers la multicellularité simple sont plus flexibles qu’imaginé auparavant, cette étude pourrait remettre en question les thèses actuelles sur les origines de cette transition biologique.