2018-09-27 
Les introductions d’espèces bouleversent la biodiversité des poissons d’eau douce du globe

Les introductions d’espèces sont reconnues comme l’un des facteurs majeurs de perturbation de la biodiversité, au même titre que le changement climatique, la pollution ou la perte d’habitats. Cependant, ce facteur est le plus souvent uniquement abordé en termes d’augmentation ou de réduction du nombre d’espèces, laissant non élucidé son impact sur la diversité fonctionnelle des communautés, c’est‐à‐dire la diversité des rôles écologiques que les espèces assurent dans les écosystèmes. Une équipe de chercheurs du laboratoire Évolution et diversité biologique (EDB ‐ CNRS / Univ. Toulouse III Paul Sabatier / IRD) et du Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC – CNRS/Univ.
Montpellier/IRD/Ifremer) vient de montrer que les introductions de poissons ont provoqué un accroissement de l’ordre de 15% en moyenne du nombre d’espèces dans les cours d’eau du globe, mais que ce changement se traduit par un accroissement moyen de la diversité fonctionnelle des poissons des cours d’eau de l’ordre de 150%. Ces résultats publiés dans la revue Ecology Letters le ****** 2018 soulignent la nécessité de considérer différentes facettes de la biodiversité afin d’évaluer l’impact des invasions biologiques sur les écosystèmes.


L’Homme a déplacé des espèces depuis des siècles, aussi bien dans un but alimentaire, commercial, qu’ornemental, voire de manière involontaire en transportant des organismes à son insu. Ainsi, plusieurs centaines d’espèces de poissons d’eau douce sont maintenant établies hors de leur région d’origine.
L’inventaire de ces introductions dans les rivières du monde est plutôt bien connu et a déjà permis de montrer que les espèces introduites ont entrainé une augmentation de l’ordre de 15%, en moyenne, du nombre d’espèces par rivière. Cependant, il restait à tester si les espèces introduites avaient ou non des caractéristiques écologiques similaires aux espèces déjà présentes et donc avaient entrainé ou non une augmentation de la diversité fonctionnelle des communautés. C’est dans ce but que les chercheurs ont mesuré les traits morphologiques associés à la locomotion et à la nutrition pour 9 000 espèces de poissons d’eau douce, sur les 13 000 actuellement connues. Ils ont ainsi pu démontrer que les 15% d’augmentation moyenne du nombre d’espèces par rivière, ont causé simultanément un accroissement de 150% de la diversité fonctionnelle de la communauté !

Si les très grands cours d’eau, tels que l’Amazone ou le Mississippi, n’ont subi que peu de changements fonctionnels sous l’effet des introductions, les petits cours d’eau ont quant à eux subi une explosion de leur diversité fonctionnelle, car les espèces introduites ont des traits écologiques très différents des espèces déjà présentes. Cette tendance atteint son paroxysme dans les cours d’eau des zones arides et méditerranéennes, qui abritent naturellement peu d’espèces très spécialisées. Ainsi, dans les Alpes‐Maritimes par exemple, la Siagne, est naturellement peuplée de 9 espèces de poissons, mais a reçu, sous l’effet de l’homme, 6 espèces non‐natives, dont la Carpe, originaire d’Asie et le Black Bass originaire d’Amérique du Nord qui ont multiplié la diversité fonctionnelle originelle de la communauté par plus de 40.

Plus généralement, à l’échelle du globe, les chercheurs constatent une augmentation de la taille moyenne du corps des poissons et une surreprésentation des espèces aplaties latéralement (comme la Carpe ou le Black Bass) dans les communautés, dues aux introductions. Ces changements fonctionnels sont probablement liés aux effets des barrages qui favorisent l’établissement d’espèces non‐natives aptes à se déplacer et à survivre en milieu stagnant.
Ainsi, cette étude recommande de prendre en considération le rôle fonctionnel des organismes afin de mieux cerner l’impact des introductions d’espèces sur les communautés biologiques.

 


Planisphères représentant les changements de diversité sous l’effet des espèces introduites en nombre d’espèces (haut) et en diversité fonctionnelle (bas) - Crédits : DR

 

Références de l’article :

Non-native species led to marked shifts in functional diversity of the world freshwater fish faunas, Toussaint A., Charpin N., Beauchard O., Grenouillet G., Oberdorff T., Tedesco P., Brosse S. & Villéger S., Ecology Letters, Volume 21, issue 11 (November issue). https://doi.org/10.1111/ele.13141

 

Contacts chercheur :

Aurèle Toussaint & Sébastien Brosse, laboratoire « Évolution et diversité biologique » (CNRS/UT3 Paul Sabatier/IRD)

T +33 (0)5 61 55 67 47 / +33 (0)6 67 22 10 28 I toussaint.aurele@gmail.com, sebastien.brosse@univ-tlse3.fr

Sébastien Villéger, Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (CNRS/Université de Montpellier/IRD/Ifremer)

T +33 (0)4 67 14 47 32 I sebastien.villeger@cnrs.fr

 

Contact presse CNRS :

Priscilla Dacher | T +33 (0)1 44 96 46 06 | priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

 

[1] laboratoire « Évolution et diversité biologique » (CNRS/Univ. Toulouse III - Paul Sabatier/IRD) et Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (CNRS/Université de Montpellier/IRD/Ifremer)

 

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