2018-12-21 
Transformer notre système alimentaire pour un avenir durable

D'ici 2050, la planète comptera près de 10 milliards d'habitants. Nourrir tout le monde, sans aggraver la pauvreté, accélérer la déforestation et augmenter nos émissions sera impossible sans amorcer dès maintenant des changements majeurs de notre système alimentaire. Cet enjeu est l’objet du nouveau rapport Créer un avenir alimentaire durable publié le 5 décembre, dans la série des World Resources Reports. Ce rapport a été réalisé par le WRI, en partenariat avec la Banque mondiale, l'ONU Environnement, l’ONU Développement, le Cirad et l'Inra.

Un constat alarmant mais des propositions concrètes

Dans ce rapport, WRI propose différentes solutions pour nourrir près de 10 milliards de personnes d'ici 2050. La demande alimentaire devrait augmenter de plus de 50 % et, quant à elle, la demande d'aliments d'origine animale (viande, produits laitiers et œufs) devrait augmenter de près de 70 %. Actuellement, des centaines de millions de personnes souffrent déjà de la faim, l'agriculture exploite environ la moitié des terres végétalisées du monde et génère un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

Le rapport conclut, sans surprise, qu’il n’existe pas de remède miracle. Les auteurs nous proposent cependant un « menu » de 22 options qui prouvent qu'il est possible de nourrir tout le monde de manière durable.

« Cela ressemble au scénario « Sain » de la prospective Agrimonde-Terra sur des points importants. La différence entre ce rapport et la prospective du Cirad et de l’Inra se situe cependant dans les objectifs fixés au départ. Le WRI s’est fixé dès le départ comme objectif d’augmenter la production alimentaire tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en limitant l’expansion agricole. Alors que dans Agrimonde-Terra, il s’agissait d’explorer plusieurs scénarios d’usages des terres pour l’avenir de la planète », précise Patrice Dumas du Cirad, expert français qui a contribué au rapport du WRI, et à la prospective Agrimonde-Terra.

Le WRI estime en effet que nourrir le monde tout en réduisant suffisamment les surfaces utilisées par l’agriculture et les émissions de GES de l’agriculture d’ici 2050 n'est possible durablement que si le monde entier :

  • réduit la demande en limitant les pertes et les déchets alimentaires, en mangeant moins de bœuf et d'agneau, en utilisant les cultures pour l'alimentation humaine et animale et non les biocarburants et en limitant l’expansion démographique en atteignant des niveaux de fertilité de remplacement plus rapidement ;
  • augmente la productivité des cultures et du bétail à des niveaux supérieurs aux niveaux historiques (sans augmenter la superficie) ;
  • arrête la déforestation, restaure les tourbières et les terres dégradées et lie les gains de rendement à la protection des paysages naturels ;
  • améliore l'aquaculture et gère mieux la pêche sauvage ;
  • utilise des technologies et des méthodes agricoles innovantes qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant de la production agricole.

Agir sur le secteur alimentaire, une priorité pour limiter le réchauffement climatique

L'alimentation participe à la plupart des problèmes d'environnement et de développement - déforestation, malnutrition, perte de biodiversité, rareté de l'eau, changement climatique, pollution de l'eau et plus encore. En améliorant la façon dont la nourriture est produite et consommée, il est possible de traiter la cause, pas seulement les symptômes.

Aujourd’hui, l’agriculture, y compris au travers du changement d'affectation des terres, représente environ 25 % des émissions mondiales (12 Gt de CO2 par an). Ces émissions pourraient atteindre 15 Gt de CO2 par an d'ici 2050, soit plus de 70 % du « bilan carbone » mondial à respecter si l’on souhaite limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C, objectif de l’accord de Paris. Cela signifie qu’il ne resterait que 30 % pour le reste des secteurs responsables des émissions de GES tels que le transport. Le rapport illustre comment le monde pourrait réduire les émissions de l'agriculture de deux tiers soit à 4 Gt CO2 d'ici 2050 en suivant ses recommandations.

Pour en savoir plus : https://www.cirad.fr/actualites/toutes-les-actualites/communiques-de-presse/2018/transformer-notre-systeme-alimentaire-pour-un-avenir-durable

Contact : Patrice Dumas, CIRAD

 

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