2020-06-08 
COVID-19, le CeeD en tire les leçons et s’engage pour le futur des diabétiques

COVID-19, l’état de santé du patient est plus important que l’agressivité du virus : le CeeD en tire les leçons et s’engage pour le futur des diabétiques


Strasbourg, le 05 juin 2020 – La crise que nous vivons maintenant depuis plus de deux mois est tout à fait inédite. Personne ne peut se soustraire aux questions que pose la COVID-19, épidémie qui a bouleversé nos habitudes et révélé nos lacunes. Tout cela a tout particulièrement touché les personnes atteintes de diabète et compliqué leur quotidien. Afin d’apporter un éclairage à cette situation, le Centre européen d’étude du Diabète (CeeD) tient à s’exprimer et à faire passer des messages forts.

COVID-19 : les évidences
Les étapes de la maladie sont bien connues : 1) Infection virale ; 2) Tsunami inflammatoire et 3) Perturbations autoimmunes, ces deux dernières étant la cause principale des réanimations et décès. Malheureusement, nous faisons face à l’absence de consensus concernant les traitements spécifiques possibles et la faisabilité des études envisagées à visée thérapeutique (l’essai clinique Discovery ne donne toujours pas de résultats). La seule évidence est que les formes sévères surviennent quasiment exclusivement chez des patients présentant une et en général plusieurs comorbidités (âge, hypertension artérielle, diabète et maladies cardiovasculaires).

COVID-19 et diabète
Des études chinoises, italiennes et françaises s’accordent à dire que le diabète est un facteur majeur de risque pour les patients contaminés par la COVID-19 de développer des formes sévères et mortelles. On estime qu’environ 10% des personnes infectées par cette maladie présentent un diabète. Au-delà de ce chiffre, on sait désormais que ce sont les diabétiques de type 2, mais probablement pas de type 1, qui payent un très lourd tribut à cette épidémie.
Données chinoises : en moyenne, un diabète était retrouvé chez 10 à 20% des sujets hospitalisés, 20 à 25% chez ceux nécessitant une réanimation et 30 à 40% des personnes décédées.
Données italiennes : un tiers des décès a concerné des diabétiques mais la plupart présentaient d'autres comorbidités associées, comme habituellement dans le diabète de type 2, maladie hautement inflammatoire.
Données françaises : l’étude française CORONADO avait pour objectif de déterminer les facteurs associés au risque de décès ou d’intubation trachéale dans les 7 jours suivant l’admission hospitalière chez les personnes vivant avec un diabète. Les facteurs associés au décès chez les diabétiques étaient l’âge, la présence de complications micro- et macro-vasculaires et du Syndrome d’Apnées Obstructives du Sommeil (SAOS).

Diabète et pathologies infectieuses
On sait par ailleurs, de longue date, que les personnes vivant avec un diabète sont plus à risque de développer des infections (comme la grippe ou le pneumocoque), d’autant plus quand le diabète est déséquilibré. On note surtout qu’ils sont sujets à développer des formes sévères, voire mortelles de toutes ces infections (augmentation des hospitalisations, du taux de mortalité), comme on le voit aujourd’hui avec la COVID.

Cela peut s’expliquer par le fait que l’hyperglycémie réduit les défenses immunitaires, que le diabète expose à des désordres vasculaires essentiellement d’origine inflammatoire et que le SAOS, très fréquemment associé au diabète, est encore aujourd’hui insuffisamment diagnostiqué et traité.

Recommandations et avancées pour un meilleur avenir
Dans l’immédiat, il est important pour les personnes diabétiques de suivre les recommandations de la Société Francophone du Diabète :
- Toute automédication, excepté le paracétamol, est à éviter en particulier les corticoïdes et les AINS (antiinflammatoires non stéroïdiens) associés à la survenue de formes graves, sauf chez les sujets en traitement au long cours.
- Tous les traitements nécessaires pour le diabète et/ou en raison des complications doivent être maintenus, notamment le traitement par aspirine à faible dose à visée antiplaquettaire.
- L'équilibre glycémique doit être optimisé avec notamment une surveillance plus étroite des glycémies.
Il leur appartient aussi d’utiliser les moyens simples pour améliorer l’immunité, que ce soit au niveau de l’alimentation et surtout d’une activité physique adaptée

Mais il est nécessaire d’apporter des mesures à plus long terme afin de réduire la fragilité des diabétiques face aux infections. C’est ce sur quoi travaille le CeeD :

1. Le rôle de la recherche : les travaux sur le muscle
La protection de la cellule bêta et de l’îlot de Langerhans est le fil conducteur des travaux menés au sein du laboratoire du CeeD. Afin de continuer à protéger les îlots lors de la transplantation mais aussi lors de l’histoire naturelle du diabète de type 2, l’équipe, sous la direction du Dr Karim Bouzakri, directeur du laboratoire, s’est recentrée depuis 2016 sur l’analyse du « cross-talk » (communication croisée) entre le muscle et le pancréas. Ces travaux ont permis la mise en évidence, chez l’animal, de l’effet bénéfique de produits issus du muscle sur la résistance et la survie des îlots, au cours de la greffe d’îlots, mais aussi à toutes les étapes des diabètes, y compris pour la prévention de ces derniers.
Ces nouvelles molécules permettent de prévenir le diabète, de le réverser et surtout de réduire l’inflammation constante chez les diabétiques. Le CeeD est en train de finaliser la création d’une start-up dédiée au développement de nouvelles biothérapies ciblant la prévention et le traitement des diabètes, à partir de produits issus du muscle.

2. Le rôle des responsables de santé : création d’une plateforme de télémédecine et d’un Centre ESanté et Diabète (CeSD)
Le CeeD s’est associé à Anova, start-up studio spécialisée dans l’intelligence artificielle, en créant en 2018 MOON (https://moonhealth.ai/), une start-up qui développe une plateforme de télésurveillance médicale pour les patients et médecins. L’objectif est de promouvoir la télémédecine pour une meilleure continuité des soins, pas seulement les téléconsultations, mais aussi le télésuivi continu. Elle permet une meilleure prise en charge au long cours des patients diabétiques, comme de tout malade chronique, et vient de montrer son intérêt en crise sanitaire.

MOON sera d’ailleurs utilisée dans le Centre E-Santé et Diabète qui ouvrira prochainement à Strasbourg. Il s’agit du 1er centre d’e-santé en France, co-créé par le CeeD et LNA Santé (www.lna-sante.com). Il va permettre le déploiement de la télémédecine au plus près des diabétiques et de leurs médecins traitants, en même temps qu’il permettra d’optimiser la prévention et la prise en charge en ambulatoire des sujets diabétiques, mais aussi obèses, et à terme de certains sujets atteints d’autres maladies chroniques. Il favorisera l’accès, trop longtemps retardé, aux nouveaux médicaments qui soignent en même temps le diabète et le système cardio-vasculaire.


Le diabète en 2020
La pandémie de diabète se poursuit, malgré les efforts de prévention. Alors qu’il ne concernait en 1980 que 108 millions de sujets dans le monde (800 000 en France) le diabète affecte aujourd’hui 463 millions de personnes au niveau mondial (plus de 4,5 millions en France).
Toutes les 6 secondes, 1 personne meurt du diabète dans le monde.
1 adulte sur 10 est concerné par le diabète, ou le sera dans un avenir très proche.
S’y ajoutent près de 1 million de personnes diabétiques non diagnostiquées (en France), dont près de 18 000 en Alsace.

A propos du Centre européen d’étude du Diabète
Créé en 1991 en réponse à la progression préoccupante du diabète, ce centre de ressources et d’innovation associe médecins et
chercheurs pour alléger le quotidien des patients et apporter les solutions de demain via des activités en :
• Recherche - du laboratoire aux start-up ;
• E-santé - télémédecine et intelligence artificielle ;
• Santé publique - prévention et dépistage ;
• Transmission du savoir - Formation, conférences et congrès.
Le CeeD fêtera ses 30 ans l’année prochaine (1991-2021) !
Fondé et présidé par le Pr Michel Pinget, le Centre est aujourd’hui :
• reconnu de mission d’utilité publique ;
• agréé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ;
• reconnu par l’Université de Strasbourg comme laboratoire universitaire « Diabète et Thérapeutique EA 7294 » et labellisé «Génération 2024» ;
• porteur d’un projet sélectionné par la Ville et Eurométropole de Strasbourg dans le cadre du projet territoire d’innovation «Territoire de Santé de Demain », qui est lauréat au niveau national du programme PIA 3.
Pour plus d’informations : www.ceed-diabete.org

 

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