2017-09-27 
Le mil, indispensable céréale

Le génome du mil vient d’être séquencé. Plante méconnue, le mil possède des caractéristiques singulières de résistance à la sécheresse. L’étude publiée dans Nature Biotechnology ouvre la voie à la mise en valeur de son potentiel. Cette céréale pourrait jouer un rôle majeur dans l’agriculture du futur.

Les clés du génome 

Le mil cultivé nourrit 100 millions de personnes à très faibles revenus dans les régions les plus sèches de la planète. Riche en protéines et en fibres, la céréale bénéficie d’une concentration en micronutriments (fer et zinc) plus importante que le riz, le blé ou le sorgho. Pourtant, le mil est une céréale « orpheline », peu étudiée et peu connue au-delà de l’Afrique subsaharienne et des régions arides de l’Inde où elle est cultivée. Un pan du voile se lève aujourd’hui sur la connaissance de la céréale à travers le décryptage de son génome 1. Il éclaire dès à présent sur la manière dont le mil s’adapte à son environnement et ouvre la porte à une possible amélioration de sa production. 


© IRD / Cédric Mariac Culture du mil, Niger  

 « Développer la culture du mil est un enjeu essentiel dans le cadre du réchauffement climatique. La période d’hivernage sera plus courte dans le futur et le maïs ne pourra plus être cultivé dans de telles conditions, explique le généticien et co-auteur de l’étude Yves Vigouroux. Cette céréale pourra être remplacée par le mil qui résiste mieux à la sécheresse. » Car si le maïs a besoin de 750 millimètres d’eau par an pour être cultivé, le mil pousse avec seulement 250 millimètres d’eau annuels !  La couche de lipides qui protège ses feuilles explique cette exceptionnelle résistance à la chaleur. « Le mil possède un répertoire important de gènes associé à ces lipides. Ils constituent une couche de cire qui freine la perte d’eau, poursuit le scientifique. A contrario, le riz en contient peu et est plus sensible à la sécheresse. » 

Outre l’aridité, les rendements de la céréale sont menacés par les pathogènes. Le mil fait face à de nombreuses maladies foliaires tels que le mildiou ou la rouille. De nouveaux outils ont pu déterminer les gènes de la céréale associés à la résistance à ces pathogènes.  « Obtenir ces ressources génomiques et ainsi identifier les facultés d’adaptation du mil ouvre la voie à une approche scientifique de la sélection génétique, estime Yves Vigouroux. Ces caractères pourraient être combinés pour obtenir des variétés plus résistantes. »

Depuis le début de la domestication du mil, les paysans effectuent eux-mêmes des croisements de manière empirique en conservant les graines les plus résistantes. Dans une agriculture peu intensive, le rendement annuel de la céréale – 900 kilos par hectare –  reste encore très faible. Les connaissances scientifiques pourraient jouer un rôle dans l’amélioration de cette productivité. En Inde, elle a augmenté de 24 kilos par hectare et par an ces vingt dernières années grâce à une meilleure connaissance de la céréale. Les caractères du mil liés à sa capacité de résistance à la chaleur et à la pauvreté des sols pourraient être par la suite utilisés pour améliorer ces traits chez d’autres céréales. Les plantes pouvant être cultivées dans de telles conditions joueront un rôle prééminent dans l’agriculture du 21ème siècle.  

Note :

1. Rajeev K. Varshney et al. Pearl millet genome sequence provides a resource to improve agronomic traits in arid environments. Nature Biotechnology , 2017.
Trois instituts sont à l’origine du projet : IRD, France ; ICRISAT, India ; BGI-Shenzhen, China

Contacts

yves.vigouroux@ird.fr
cecile.berthouly@ird.fr
anne-celine.thuillet@ird.fr

UMR DIADE (IRD/Université de Montpellier)
ndjido.kane@isra.sn
Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA)

Unité(s) de recherche : 232 - Diversité, adaptation, développement des plantes - (DIADE)

 

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