2018-05-17 
L'Homme était présent dans les Îles Philippines dès 700 000 ans

Une équipe internationale de préhistoriens dont plusieurs chercheurs de l’UMR Histoire Naturelle de l’Homme Préhistorique (Muséum national d’histoire naturelle/CNRS/UPVD) menée par Thomas Ingicco, maître de conférences du Muséum national d’Histoire naturelle et en collaboration avec le National Museum des Philippines vient de découvrir les plus anciennes évidences de peuplement des Philippines par des hominines, dans le site archéologique de Kalinga (Île de Luzon) daté de 709 000 ans.
La revue Nature (le 2 mai 2018) rend compte de cette importante découverte qui amène à réviser nos connaissances sur l’histoire du peuplement et de la paléobiogéographie de l’Asie du Sud-est insulaire.

Tout au long du Quaternaire, les Philippines ont formé un chapelet d’îles isolées du continent par de profonds bras de mer. La plus ancienne présence humaine à ce jour aux Philippines était datée de 67 000 ans par Homo aff. sapiens (2010). Les récentes découvertes faites sur le site de Kalinga, fouillé depuis 2014 et daté de 709 000 ans par diverses méthodes physico-chimiques (Résonance de spin électronique, déséquilibres dans la famille de l’argon et dans celle de l’uranium, paléomagnétisme), démontrent que cette première colonisation est en réalité dix fois plus ancienne.
Les fouilles archéologiques ont mis au jour plusieurs restes d’une faune incluant varan, tortue boite, cerf des Philippines, Stegodon (un cousin de l’éléphant) et une espèce de rhinocéros aujourd’hui éteinte aux Philippines depuis au moins 100 000 ans. Ce Rhinoceros philippinensis se présente sous la forme d’un squelette presque complet retrouvé en association avec plusieurs dizaines d’outils préhistoriques, taillés sur enclume. La carcasse du rhinocéros présente plusieurs traces de découpes sur les côtes et extrémités des membres et des points de percussion sur les os d’un membre antérieur. Ces éléments démontrent que ces animaux ont été découpés et consommés par les hommes.

L’ensemble de ces découvertes archéologiques constitue autant de preuves indirectes de la présence très ancienne d’hominines sur l’île de Luzon. Elles bouleversent les connaissances établies antérieurement et posent de nouvelles questions sur les voies de colonisation de l’Asie du Sud-est insulaire par l’Homme.
Alors que les herbivores sont connus comme étant capables de nager sur de longues distances et ont alors pu arriver aux Philippines lors de périodes de bas niveau marin, une telle hypothèse n’est pas envisageable pour l’Homme. Un ancêtre de l’Homme, avant même Homo sapiens , maîtrisait-il un mode de navigation ? Cette colonisation s’est-elle, au contraire, faite accidentellement par le biais de langues de terre arrachées à la côte à
la suite d’un tsunami, phénomène rare mais bien documenté ?

Les fouilles archéologiques du site de Kalinga ont été principalement financées par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, le National Geographic, le LabEx BCDiv et la Société des Amis du Musée de l’Homme.


Référence
Earliest known hominin activity in The Philippines by 709 thousand years ago, Nature, 2018
T. Ingicco, G.D. van den Bergh, C. Jago-on, J-J Bahain, M. G. Chacón, N. Amano, H. Forestier, C. King, K. Manalo, S.Nomade, A. Pereira, M. Reyes, A-M. Sémah, Q. Shao, P. Voinchet, C. Falguères, P. Albers, M. Lising, G. Lyras, D.Yurnaldi, P. Rochette, A Bautista, J. de Vos

 

Relations avec la presse du Musée de l’Homme
Marion Devys – marion.devys@mnhn.fr – 01 44 05 72 31
Christel Bortoli – christel.bortoli@mnhn.fr

 

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